King Kong Théorie, une pièce au poil !

De Virginie Despentes, mise en scène de Julie Nayer, avec Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre et Delphine Ysaye. Du 21 mars 2018 au 12 mai 2018 à 20h30 au Théâtre de la Toison d’Or (Little TTO). Crédit photo : Sébastien Schmit

Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre et Delphine Ysaye, trois comédiennes sur scène, nous proposent une adaptation théâtrale du très controversé King Kong Théorie de Virginie Despentes. A l’origine de ce choix, l’envie commune de Julie Nayer (metteuse en scène) et des comédiennes de susciter le débat autour des grandes questions abordées par l’autrice. Qu’est-ce que c’est « être une femme » ? Qu’est-ce que c’est, la « féminité »? La « masculinité » ? Et la sexualité des femmes ? Et  comment s’émanciper de ce contrôle permanent exercé sur les femmes, leurs corps, leur façon d’être, de s’habiller, de travailler, de marcher, de parler… ? Comment exister en dehors de ce que l’on nous impose ?

Ces thématiques, que l’on dira « féministes », peuvent paraître vues, revues, et re-revues, omniprésentes, agaçantes. Et il est peut-être juste de dire que les mots de Virginie Despentes ne sont plus aussi révolutionnaires aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en 2006, à la sortie du livre. Pourtant, les chiffres sont là – et judicieusement affichés dès le début de la pièce – pour nous rappeler que l’égalité hommes-femmes n’en est encore qu’à ces balbutiements dans quelques pays du monde ; et que partout ailleurs, elle ne reste qu’un horizon lointain.

Pertinent, donc, de reprendre ce texte et de le proposer au théâtre. Pas facile, cependant, de faire vivre ces mots et les rendre digestes lorsque déclamés sur une scène. Mais Julie Nayer a relevé le chalenge avec succès : la mise en scène est simple, mais efficace. Sans prétention, elle anime et habille ce texte, et en fait ressortir la force. On retrouve dans le jeu – excellent, irréprochable – des trois comédiennes la virulence des mots de Despentes, la perplexité face aux réalités de nos sociétés de contrôle, et l’envie de tout casser.

Les projections, les jeux de lumières, les choix des vêtements permettent de refléter les nuances de ce textes et d’en faire ressortir les idées fortes sans le noyer. L’ensemble est bien dosé, subtil, alterne judicieusement entre les moments plus sensibles et les passages plus revendicateurs. On ne s’ennuie pas, la pièce est longue juste ce qu’il faut pour retenir l’attention du spectateur sans trop en faire. Et – c’était l’enjeu – on débat de ce que l’on a entendu lorsque l’on ressort. Pari gagné donc pour l’équipe, cette adaptation de King Kong Théorie est une belle manière de continuer à questionner les problématiques d’émancipation des femmes en les maintenant sur le devant de la scène.