La jeune fille et son aigle, l’envol d’Aisholpan

La jeune fille et son aigle

d’Otto Bell

Aventure, Documentaire, Famille

Sorti le 12 avril 2017

En attendant l’épisode VIII de Star Wars, Daisy Ridley troque le Faucon Millenium pour les aigles de Mongolie… L’actrice de 24 ans se fait ainsi narratrice le temps de ce « Eagle Huntress » [La jeune fille et son aigle dans sa version française], tout en assumant également le rôle de productrice exécutive.

Au Kazakhstan, le métier de dresseur d’aigles est une chose réservée aux hommes et prise très au sérieux. Depuis son enfance, Aisholpan assiste son père dans cette tâche. Alors âgée de treize ans, celle-ci va adopter un aigle et l’entraîner dans le but de participer au Golden Eagle Festival, destiné à sacrer le meilleur chasseur. Ce faisant, elle remettra en question les traditions ancestrales et le fonctionnement patriarcal de la société dans laquelle elle évolue. En participant au concours, c’est finalement ses propres ailes que déploiera notre héroïne.

Bien qu’il s’agisse d’un documentaire, La jeune fille et son aigle tient presque de la fiction, tant Aisholpan aura à combattre des préjugés dont nos sociétés occidentales se sont débarrassées depuis longtemps : « Les femmes sont plus faibles et plus fragiles », « Nos ancêtres désapprouvent », « Les femmes doivent rester à la maison alors que la place des hommes est à l’extérieur ». Ce type de propos donnera à la progression du récit des allures de parcours du combattant, tant l’héroïne devra se dresser face à ces préjugés dépassés et pourtant tellement présents dans ces sociétés nomades. Aisholpan s’inscrira ainsi au Festival de l’Aigle doré sans que personne ne soit mis au courant de sa présence. Dans son cheminement, elle sera assistée par son père qui lui transmettra son savoir et l’encouragera de son regard bienveillant.

Il s’agit là d’un film très intéressant du point de vue des thèmes abordés. Car au-delà de la volonté d’Aisholpan de remporter le Festival de l’Aigle doré, La jeune fille et son aigle cherche à montrer ce qui se produit lorsqu’un événement, aussi minime soit-il, vient chambouler l’ordre établi. En somme, si Aisholpan remportait le festival, cela créerait un précédent et reviendrait à remettre en question le mode de fonctionnement d’une microsociété tout entière.

De ce point de vue opposant une femme à un système patriarcal, La jeune fille et son aigle peut être vu comme un film aux échos féministes. Et ce film tient même lieu de modèle à suivre pour l’industrie du cinéma toute entière : au lieu de nous asséner de reboots décérébrés mettant en scène des personnages féminins au mépris d’une mythologie préétablie (c’est à toi qu’on parle SOS fantômes ! Et on t’attend au tournant Ocean’s Eight !!!), les grands studios de production devraient chercher à nous offrir des histoires originales capables de glorifier la force féminine comme le fait La jeune fille et son aigle.

À côté de toutes ces considérations, le documentaire fait la part belle aux paysages somptueux, des vastes plaines verdoyantes aux cols enneigés du Kazakhstan. Les images magnifiques se succèdent pour le plus grand plaisir des spectateurs. La musique par contre n’a quant à elle rien d’extraordinaire et tient davantage lieu de fond sonore que de support à la progression des évènements. Le tout ponctué dans le générique de fin par la chanson « Angel by the wings » de Sia qui brise un peu la dynamique dépaysante du film pour nous ramener à la vitesse lumière à notre bon vieil Occident.

En résumé, une très belle histoire, des personnages attachants, remplis de tendresse et d’humanité, des paysages superbes et le noble combat d’une jeune fille pour prendre sa place dans la société.

Alexandre Alvarez
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Journaliste du Suricate Magazine