Invincible d’Angelina Jolie

invincible affiche

Invincible
d’Angelina Jolie
Guerre, Biopic, Drame
Avec Jack O’Connell, Domhnall Gleeson, Garrett Hedlund, Jai Courtney, Miyavi
Sorti le 7 janvier 2015

Invincible, le deuxième film réalisé par Angelina Jolie, après In The Land Of Blood and Honey, retrace l’histoire du grand héros américain Louie Zamperini.

La trame scénaristique permet de décomposer le film en deux grandes parties. La première se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, plus précisément en 1942. Un avion américain s’écrase en mer laissant trois survivants dans un canot de sauvetage, dont le protagoniste Louie Zamperini. Ils se battent pendant 47 jours pour survivre mais seuls deux d’entre eux y parviennent. Ces moments de tension, dans l’avion ou dans le canot, sont interrompus par des scènes qui exposent la vie antérieure du personnage principal. Le spectateur y découvre alors comment Louie, fils d’immigrés italiens, le petit bon à rien, arrive à devenir le grand Zamperini, coureur olympique connu par tous les américains. La deuxième partie de l’histoire s’étale dans la durée sans être interrompue par des flash backs : les deux soldats sont capturés par la marine japonaise et sont envoyés dans un camp de prisonniers de guerre où se succèdent les différentes épreuves auxquelles ils doivent faire face pour survivre.

Basé sur une adaptation du best-seller américain de Laura Hillenbrand, le scénario a initialement été écrit par Richard LaGravenese (scénariste et réalisateur de P.S. I love You et Paris je t’aime, ainsi que scénariste de The Bridges of Madison Country) et William Nicholson (scénariste de Shadowlands et Les Misérables). Il a ensuite été retravaillé par Joel et Ethan Coen (scénaristes de Inside Llewyn Davis et No Country for Old Man). À la tête de l’équipe technique se tient le grand chef opérateur Roger Deakins (Skyfall, Kundun, The Reader, Prisoners…). Tous ces grands noms, ainsi que la liste des célèbres acteurs hollywoodiens, la production colossale et la réputation d’Angelina Jolie ne suffisent malheureusement pas pour faire d’Invincible un grand film.

Nonobstant l’aptitude du scénario à gérer la tension chez le spectateur, on remet en question le propos du film et la complexité des personnages. Louie Zamperini est conçu comme une sorte d’héros américain invincible, un Superman qui se relève et parvient à réaliser tous ses objectifs. Si les années qui nous séparent de Rambo permettent une subtilité plus recherchée dans l’écriture de l’archétype du héros américain, l’essence persiste : créer un surhumain infaillible dans lequel l’orgueil américain et son refus de l’imperfection humaine trouvent refuge, un semblable à applaudir à la fin du spectacle de sa gloire.

Quelques citations récitées en dialogues sonnent faux dans la bouche des personnages et ne servent qu’à affirmer les idéologies de l’auteur. Le personnage de Watanabe, somptueusement interprété par le jeune acteur Miyavi, reste le seul personnage psychologiquement complexe dans son humanité, dépassant la superficialité de la causalité cartésienne qui compose le reste des caractères.

L’excès de plasticité de l’image bloque l’immersion du spectateur au cœur du film. La saturation et le contraste accordent à l’image une beauté qui se disjoint du propos et soulignent l’extrême gratuité avec laquelle le tout est conçu. Avec ses couleurs, la composition de ses plans et le surplus d’effets spéciaux, la séquence qui se déroule dans l’avion ressemble plutôt à un jeu vidéo.

Le manque d’expérience d’Angelina Jolie dans la réalisation explique, sans les justifier, sa platitude et sa gratuité. Aucun langage cinématographique n’est utilisé pour raconter son histoire, ce qui en fait un énième film de guerre américain, sans plus. Se rejoint à cette idée le manque d’homogénéité entre le scénario, l’image, la réalisation et la musique. Si Jolie a eu le courage de ne pas coller de la musique implicative sur certaines séquences de tension, une musique papier-peint reste étiquetée sur d’autres.

Invincible se brise ainsi, à cause de sa gratuité, en mille morceaux cinématographiques inadéquats ; utilisant un archétype du héros américain éculé que le spectateur ne désire plus suivre. Le mur est tombé, le monde ne se divise plus en deux pôles extrêmes qui correspondent à l’idée du bien et du mal, du héros et du méchant. La réalité humaine est plus complexe. Ne reste qu’un film sans aucune identité qui n’arrive pas à surnager, du déjà fait, du déjà vu.

Patrick Tass
A propos Patrick Tass 41 Articles
Journaliste du Suricate Magazine