Interview de Pierre-François Martin-Laval (PEF), réalisateur des Profs 2

Pierre-François Martin-Laval dit plus communément PEF s’est mis à la réalisation après l’aventure des Robin des Bois. Il a réussi à intégrer un univers fantaisiste, absurde et original que l’on retrouve dans Essaye-moi et King Guillaume. Après le succès du premier volet des Profs, il revient pour une suite en perfide Albion et encore plus de folies. Nous l’avons rencontré pour discuter de ses choix artistiques sur ses deux derniers films en milieu scolaire. (Cliquez ici pour la critique de The Profs 2)


Est-ce que le choix d’adapter la BD Les Profs est une envie personnelle ou une proposition que l’on vous a faite ?

C’était il y a un peu plus de 4 ans. J’étais en train d’écrire une histoire tout autre que je proposais à un producteur d’UGC. C’est un autre de ses collègues, Romain Rojtman qui m’a proposé cette adaptation. Avec ma fierté de marseillais, je voulais lui dire non mais en dévorant la BD, je me suis dit que c’était tout de mêmes des profs très particuliers. Au bout de trois jours, l’idée m’est venue : mais qu’est-ce qu’on peut faire avec les pires profs de France ? Les envoyer aux pires élèves de France bien sûr ! A ce moment-là cela m’a vraiment passionné et je me suis approprié totalement le film.

J’ai pu m’approprier la BD, car il n’y a pas d’histoire, mais une suite de gags. Ensuite, j’ai eu l’autorisation des auteurs de reprendre les personnages que je souhaitais. Pour le deuxième, c’était plus simple car j’avais très envie de faire la suite. En tout cas, j’ai maintenant, l’impression que ce sont mes films à part entière et non plus une simple adaptation.

Et comment est arrivé l’univers anglais ?

Au départ, j’étais sur une autre histoire avec Mathias Gavarry (Ndlr : le coscénariste du film) mais au bout d’un mois, le premier jet a été lu par le producteur qui ne le sentait pas et qui trouvait qu’il ressemblait trop au premier volet. Il m’a encouragé à faire quelque chose de différent et j’ai jeté le scénario à la poubelle. Comme, à l’époque, je mettais en scène un spectacle basé sur les Monty Python (Spamalot), mon producteur m’a dit que si j’aimais tellement l’humour anglais, il fallait que je parte là-bas ! Et cela a été le déclic. Partir là-bas m’a donné alors envie d’aller dans le meilleur collège d’Angleterre pour être totalement à l’opposé du un. Et j’ai découvert en potassant le sujet, Eton, où de nombreuses personnalités ont étudiées, des pratiques très spéciales, très moyenâgeuses. J’ai repris ces idées à ma sauce et cela a donné le collège du film.

Vous avez collecté beaucoup de documentations pour ce film ?

Oui, j’ai beaucoup aimé les différentes photos de la vie de cette école. J’ai repris leur blason, leur manière de s’habiller ou encore la sévérité. Le fait que les élèves ne peuvent que courir pour se déplacer, je ne l’ai pas inventé, cela existe bel et bien là-bas. L’idée n’est pas totalement stupide, car courir excite le cerveau et dégage de l’intelligence. J’ai d’ailleurs trouvé l’idée du premier en faisant un footing. Quand je bloque dans l’écriture, je pars généralement courir.

L’histoire se déroule dans une école anglaise et pourtant la majorité du film a été tourné en Belgique. Comment faire pour que le public pense être en Angleterre ?

J’ai d’abord cherché ce collège en Île-de-France pendant plusieurs mois. J’en ai ensuite trouvé un près de Valenciennes, mais il n’était pas idéal. Ensuite, je me suis rappelé que, lorsque je venais tourner en Belgique, je voyais souvent des rues qui me faisaient penser à Londres et aussi à une architecture du 13ème siècle et du 15ème siècle. Il y a aussi des abbayes qui me font penser à celle d’Oxford, par exemple. J’ai vite trouvé mon bonheur dans le château de Grand-Bigard et de Gaasbeek. Prendre plusieurs endroits m’a permis d’étoffer les différentes salles de l’école. J’ai aussi trouvé le réfectoire à l’abbaye de Maredsous. Le réfectoire c’est un peu un clin d’œil à Harry Potter. De plus, à Maredsous, il y a tout ce qu’il faut pour  boire !

Il y a aussi d’autres clins d’œil au niveau des lieux. Par exemple, savez-vous où ai-je tourné les scènes d’Austerlitz ? Pas en République Tchèque mais à Waterloo. Je n’ai jamais annoncé ça à la presse française, car je pense que j’aurais eu des profs d’histoire criant au sacrilège (rires).

Vous avez un univers très décalé. Comment on arrive à l’introduire dans le cadre d’une adaptation d’une BD ?

Je ne suis pas sûr d’y arriver tout le temps mais j’ai l’impression d’y arriver de plus en plus. Dans le deuxième, je m’approche plus de mon univers que dans le premier : j’ai, par exemple, ajouté une histoire romantique et je peux rapprocher le personnage que joue Kev Adams à celui que je jouais dans mon premier film, Essaye-moi. Je me suis un peu identifié à lui, je lu ai passé en quelque sorte le relai et je me suis aperçu que je lui ai fait mettre le pyjama que je portais aussi dans un autre de mes films ou que je lui faisais faire les mêmes bêtises que je faisais aux cours d’Isabelle Nanty. Quand elle me demandait de travailler Horace, je ne pouvais pas m’empêcher d’arriver avec une passoire sur la tête, des gants Mappa, un manche à balai à la place de l’épée, etc. Pendant le tournage, j’allais dans les coulisses chercher des accessoires de ce type pour les donner à Kev Adams, cinq minutes avant de joueur la scène.

En parlant de Kev Adams, qu’est-ce qui vous a donné envie de développer son personnage de Boulard dans la suite ?

J’en ai eu envie, car je m’étais donné comme défi de changer l’histoire du premier. Déjà, j’ai voulu ne pas sauver un lycée, mais une personne ; du coup si on sauve cette personne, pourquoi ne pas créer une histoire d’amour entre elle et le cancre. Je me suis par la même occasion enlever mon histoire d’amour pour éviter la répétition et cela a permis aussi à mon personnage de Pelochon, de décoller, de pouvoir être plus exécrable, limite raciste (un fan de Napoléon enseigne en Angleterre !).

Ensuite le travail avec (lui) Kev Adams a aussi bien changé. Quand je l’ai connu, c’était un acteur amateur qui ne connaissait pas le cinéma, ne bossait pas beaucoup et, depuis, il est devenu un grand professionnel. Je me suis par la suite découvert une complicité avec lui, un vrai duo metteur en scène-acteur.

Justement, on sent d’ailleurs une complicité entre vous à l’écran quand Boulard et Pelochon sont réunis.

En revoyant au montage, par exemple, les scènes où il est au cachot, j’adore le regard qu’il a sur moi, il a un regard de spectateur vraiment génial.

Vous avez parlé de votre amoureuse du premier qui a disparu mais il y a aussi Christian Clavier qui ne joue plus dans le film. Pourquoi n’a-t-il pas continué l’aventure et pourquoi Didier Bourdon pour le remplacer ? (voir l’interview de Didier Bourdon)

Christian Clavier a enchaîné les tournages ces derniers temps et comme on avait déjà réussi à faire revenir 90% du casting, je ne voulais pas risquer d’attendre encore un an et d’avoir d’autres absents. J’ai dû faire vite le deuil et j’ai ensuite pensé à Didier Bourdon, car je le voyais bien dans le rôle avec son nouveau look et que je suis fan des Inconnus. Je connaissais sa capacité de passer d’un rôle à l’autre facilement, comme les grands acteurs de théâtre. Quand je lui ai proposé, il m’a proposé ce personnage de baba cool et je trouvais que ça collait avec le rôle. Et enfin, comme il était fan du premier, il m’a quasiment dit oui sans lire le scénario.

Vous avez plusieurs casquettes sur le film, comment passe-t-on d’une à l’autre ?

J’ai appris en mettant en scène mes camarades de jeux aux cours d’Isabelle Nanty. Je me suis découvert, dès ce moment-là, le plaisir de mettre en scène. Je me suis rendu compte du pouvoir que c’est d’aiguiller un acteur vers quelque chose et de voir les émotions qui peuvent naitre avec une nouvelle idée de mise en scène et cela m’a passionné. On y arrive surtout en aimant les acteurs. Je m’aperçois que, plus je vieillis, plus j’aime les acteurs et plus j’aime les acteurs, plus j’arrive à obtenir des choses inouïes et inattendues de leur part.

Ensuite, passer derrière et devant la caméra, en tant qu’acteur, c’est pour moi très pénible, presqu’une souffrance, car eux jouent pour moi mais, moi, je joue pour personne. Un acteur a terriblement besoin de jouer pour quelqu’un. J’ai trouvé, par la suite, une solution qui a très bien fonctionné sur le deuxième. J’ai demandé à Arnaud Ducret de me coacher, car, à force de travailler avec lui au théâtre, je me suis rendu compte qu’il avait un beau regard sur moi. Je l’encourage d’ailleurs à se tourner, un jour, vers la mise en scène, car je crois que ça lui a donné envie.

On a l’impression que justement vous aimez encore plus ces « profs » et vous les avez rendus plus sympathique que dans le premier, qu’ils sont plus complices avec leurs élèves.

Cela m’a peut-être échappé. Si ça se trouve, ce que vous avez ressenti, c’est peut-être quelque chose qui est sorti naturellement de chacun d’entre nous, les acteurs du premier, car on était tellement heureux de retrouver nos personnages et les autres acteurs. L’ambiance était aussi différente. Sur le premier, on ne savait pas si on allait faire une bouse ou un succès, tandis qu’ici, chacun savait qu’il avait plu et ils sont arrivés sans avoir peur de rien et ont sortis des trucs incroyables. On a pu approfondir nos personnages, parfois être pire que dans le 1 et peut-être qu’il y a eu aussi une sympathie qui est ressortie du fait d’être plus à l’aise et en confiance.

Une autre chose qui m’a frappé dans ce deuxième volet, c’est le côté parfois subversif, qui ne se voit pas directement, mais qui est très à part des comédies populaires et familiales actuellement. Par exemple, le fait que les deux héros soient fumeurs, des élèves se retrouvant nus, un prof qui fume un joint avec un élève, Arnaud Ducret qui est parfois très violent avec ces élèves, etc. Est-ce que c’était voulu ?

Vous avez raison, il y a même des choses qui m’ont échappé. Par exemple, Arnaud Ducret met la main au cul à une élève à un moment mais, pour moi, ce n’était pas sexuellement, mais plutôt une tape amicale comme à un gosse ou un chien. Mais c’est tout de même intéressant de parler de ça, car j’ai été coproduit par une grosse chaine hertzienne en France et j’avais très peur que TF1 ne me censure. Dans le premier, j’étais terrorisé que Clavier ne puisse pas fumer un joint et j’ai été heureusement surpris qu’ils ne s’aperçoivent pas de ça. A un autre endroit, j’avais aussi peur que certaines insultes de mon personnage envers les Anglais soient censurées. En revanche, on a tout de même écarté des horreurs que j’avais mises dans le scénario, car elles étaient souvent gratuites ou vulgaires.

Concernant les héros qui fument, n’oubliez pas de préciser quand même que Boulard propose à l’héroïne de finalement « air-fumer » après le match de « air-rugby » du prof de sport. A part ça, c’est vrai que dans le film il y a aussi de la picole. Mais quand on dit à des jeunes qu’ils sont libres, ce qu’ils veulent généralement en premier, c’est picoler. Mais je n’ai pas forcément pensé à être subversif, juste à être honnête. Si on me met au cachot toute l’année et qu’ensuite on me dit tu es libre, je vais au pub et je me bourre la gueule.

Pour terminer, pouvez-vous nous en dire plus sur l’adaptation de Gaston Lagaffe que vous préparez ?

C’est très tôt pour en parler. Mais je suis content que l’on me fasse l’honneur de m’avoir choisi pour l’adapter au cinéma. C’est un monstre sacré et j’ai très peur et, en même temps, très envie de le réussir. Il y a une grosse attente derrière. C’est un univers très poétique et je me sens très proche de l’univers de Franquin. Je n’en sais pas plus, car il faut d’abord que j’écrive une bonne histoire. Sinon, j’ai des tas de projets, dont un autre film qui est tiré d’une histoire vraie, mais que je réaliserais après l’adaptation de Gaston et des projets en tant qu’acteur, etc. J’ai beaucoup de chance en ce moment.

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 302 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine

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