Human Flow, une épopée migratoire

Human Flow

d’Ai Weiwei

Documentaire

Sorti le 24 janvier 2018

Dans Human Flow, Ai Weiwei se penche sur la crise migratoire qui secoue la planète. Pendant un an, le réalisateur a parcouru le globe à la rencontre de déplacés et de réfugiés dans plus de vingt-trois pays.

La première chose qui frappe dans ce documentaire, c’est son envergure. Le projet semble titanesque car en effet, comment approcher un sujet d’une telle ampleur ? Comment résumer dans un documentaire forcément soumis à des contraintes de temps une thématique aussi vaste ?  De par le monde, on estime qu’environ soixante-cinq millions de personnes vivent en exil et c’est à ces soixante-cinq millions de personnes qu’AI Weiwei a voulu donner un visage. Devant nous surgissent de véritables scènes de transhumance humaine où, par colonnes entières, des êtres hagards, sac à la main errent sur les routes d’Europe. Des réfugiés débarquent sur les côtes par bateaux entiers. Accueillis à coups de sifflet pour mieux gérer ce trafic (vous comprenez), ils se voient offrir une couverture de survie. Les gilets de sauvetage s’entassent, on fait s’asseoir les gens çà et là et demain on recommence. Malaise envers ces hommes et ces femmes qui semblent parqués comme du bétail. S’ensuivent des incursions dans les camps de réfugiés. Au déracinement et aux traumatismes s’ajoutent des conditions de vie exécrables où bien souvent l’accès aux biens de premières nécessités est extrêmement difficile. Certains témoignages sont bouleversants à l’instar de cet homme qui, dans un cimetière, fait le compte de ses disparus.

Et pourtant, à vouloir tellement saisir la grandeur des déplacements de population, le réalisateur s’éparpille. On a le sentiment qu’il s’est attaqué à un sujet trop important ou que le documentaire aurait grandement bénéficié d’être abordé sous un angle ou une thématique spécifique. Il n’y a pas de récit ni de fil conducteur et le spectateur passe sans cesse d’un endroit à l’autre sans vraiment s’arrêter nulle part. Liban, Jordanie, Grèce, Calais, Mexique puis retour en Grèce et ainsi de suite. S’en dégage une impression de manque de profondeur. Ai Weiwei nous offre un patchwork d’histoires et de visages, comme s’il s’était penché plus sur la multitude des récits qui se ressemblent et se font échos plutôt que sur les individus eux-mêmes. Le réalisateur a choisi d’apparaitre dans son documentaire, mais il semble trop présent ou pas assez. Entre selfie et grillade de brochettes, il flotte dans un entre-deux qui rend ses apparitions anecdotiques. Tout au long du film, les informations pleuvent. A chaque changement de lieu, un titre de presse, des chiffres ou une citation (parfois les trois en même temps) apparaissent à l’écran. Après plus de deux heures de visionnage, on ne percute plus. Impossible de mettre les informations nouvellement reçues en relation avec les précédentes. Celles-ci deviennent juste des faits qui s’additionnent aux faits. Avec deux heures et vingt minutes d’images au compteur, Human Flow tire en longueur et perd son spectateur. Dommage, car lorsqu’on décide de s’attaquer à un sujet tellement important, essentiel et politique, peu d’erreurs sont permises. Malgré des failles dans la réalisation qui déforcent grandement le film, Human Flow reste nécessaire. Ne fût-ce que parce qu’avec son documentaire, Weiwei rallume une flamme d’humanité et nous rappelle que derrière les chiffres et les statistiques il y a surtout des hommes, des femmes et des enfants. Que derrière le mot migrant ou réfugié il y a avant tout des êtres humains.

Thérèse Makumaya
A propos Thérèse Makumaya 6 Articles
Journaliste du Suricate Magazine