Hotel Salvation, le cimetière des éléphants

Hotel Salvation

de Shubhashish Bhutiani  

Comédie dramatique

Avec Adil Hussain, Lalit Behl, Geetanjali Kulkarni

Sorti le 13 juin 2018

Arrivé à l’hiver de son existence, Daya sent la fin approcher et désire se rendre à Varanasi, sur les rives du Gange, afin de trouver le salut et de mourir en paix. Soucieux d’honorer son devoir familial, son fils Rajiv l’accompagnera. Tous deux, ils logeront à l’hôtel Salvation, étrange endroit où l’on vient attendre la mort. Là-bas, ils seront confrontés l’un à l’autre et apprendront à se comprendre.

Hotel Salvation aborde le thème du choc entre tradition et modernité tel qu’on pouvait déjà le voir il y a soixante-cinq ans dans le merveilleux Voyage à Tokyo de Yasujirô Ozu. Si ce dernier dressait principalement le constat du conflit générationnel, Hotel Salvation cherche quant à lui à réconcilier les deux tendances. Daya et Rajiv devront ainsi confronter leurs mondes et en mesurer les limites.

Mais par-dessus tout, ce premier long-métrage de Shubhashish Bhutiani se veut spirituel et décomplexé vis-à-vis de la mort. Daya choisit le lieu de son trépas, comme un éléphant quittant le troupeau pour trouver le repos éternel. Cherchant à faire la paix avec lui-même, il regardera la mort en face, persuadé que quelque chose se trouve de l’autre côté. Dans son cheminement, il rappellera à son fils les valeurs primordiales : la simplicité, le partage, l’ouverture, la famille.

Rajiv est en effet déconnecté du monde à force d’être trop souvent connecté, sans arrêt collé à son téléphone et davantage soucieux de sa vie professionnelle que du désir de son père de trouver la paix. L’un et l’autre apprendront ainsi à se retrouver, chacun en confrontant leurs certitudes et leur mode de vie. Daya va ainsi attendre la mort en apprenant aux autres à vivre.

En dernière instance, le cheminement des deux personnages les poussera à rechercher le bien être, questionnant par là-même certaines pratiques sociétales comme, par exemple, celle du mariage arrangé. Leur retour aux valeurs fondamentales sera alors synonyme d’une meilleure capacité à « faire ce que dit son cœur ». Derrière toutes ces riches thématiques se cache au fond une ode au bonheur et à la simplicité.

Déjà Jean-Jacques Rousseau s’interrogeait : « Est-il temps au moment de mourir d’apprendre comment on aurait dû vivre ? » Il n’est jamais trop tard pour apprendre ! Hotel Salvation est ainsi un film emplit de douceur, de philosophie et de riches enseignements auxquels il semble difficile de rester insensible.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 96 Articles
Journaliste du Suricate Magazine