Hommage à Coluche en 11 films

coluche

Ce n’est, certes, pas un lustre, mais il y a tout juste 30 ans, un Putain de camion envoyait ad patres l’un des comiques les plus drôles de sa génération et laissait un vide dans le paysage audio-visuel français. Dans le monde du cinéma aussi, il a laissé un vide, car après avoir enchaîné les comédies qui misaient sur son talent, il était seulement en train d’affiner son art et aurait pu devenir un acteur majeur du paysage cinématographique. C’est l’occasion de vous livrer un top 10 des films du grand acteur et humoriste : Coluche.

le bon roi dagobert

11. Le bon Roi Dagobert (1984)

Sorti en 1984 après les plus gros succès de Coluche, Le bon Roi Dagobert a été un four retentissant, un nanar pour la plupart des téléspectateurs malgré des scénaristes réputés (Gérard Brach – scénariste pour Jean-Jacques Annaud et Roman Polanski – et Agenore Incrocci qui a écrit Le Bon, la brute et le truand), un réalisateur loin d’être un débutant et un casting hautement prestigieux ! (Michel Serrault, Hugo Tonazzi, Carole Bouquet, Michael Londsdale, etc.) Il faut avouer que, malgré un esprit paillard assumé parfois réjouissant, le film ne vole jamais très haut et ne fut essentiel dans la filmographie de Coluche, que pour sa rencontre avec Dino Risi qui lui offrira un bien plus beau rôle deux ans plus tard.

banzai coluche

10. Banzaï (1983)

Claude Zidi a une filmographie où se côtoient le génie autant que le pitoyable. Malheureusement la seconde proposition a tendance à l’emporter quand il s’agit de ce film. Malgré quelques situations assez drôles, le film est surtout mal desservi par son interprète principal qui vit une des périodes les plus dures de sa vie, suite au suicide de Patrick Dewaere, et surjoue frénétiquement en permanence. Il est aussi évidemment pas aidé par une mise en scène assez moche et kitsch, marque de fabrique des échecs de Claude Zidi.

la femme de mon pote

9. La Femme de mon pote (1983)

Sorti à la même période que Banzaï, le film, en plus de subir la dépression de Coluche suite à son divorce et au suicide de Dewaere, doit aussi pallier le fait que Miou-Miou et Dewaere devaient interpréter les deux autres rôles principaux. Si Thierry Lhermitte et Isabelle Huppert ont repris le flambeau et si le film annonce le changement de jeu de Coluche, acceptant un registre plus dramatique qu’avant, cela reste un long-métrage mineur de Bertrand Blier.

la vengeance du serpent à plumes

8. La Vengeance du serpent à plumes (1984)

Cette comédie d’aventure a ses beaux moments mais annonce un virage mineur dans la carrière de son réalisateur, Gérard Oury. Après avoir signé quelques-unes des plus grandes comédies françaises pendant les années 60 et 70, Oury n’arrive pas à passer le cap des années 80 et signe des comédies fort moyennes et qui n’ont plus la beauté de ses précédent essais (au hasard La Soif de l’or, Fantôme avec chauffeur et La Vengeance…). Le film est aussi à l’image de ces deux interprètes principaux : autant le personnage de Coluche est parfois trop exagéré et intrigue avec ces cheveux peroxydés, autant à l’image du personnage de Maruschka Detmers, le film est parfois d’une beauté aventureuse.

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine

7. Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine (1977)

Ce film est assez difficile à expliquer. Unique réalisation de Coluche (avec Marc Monnet, assistant sur des films comme Le Cerveau ou Le Sauvage), on sent que c’est surtout un film de potes où tous les amis du café-théâtre sont présents (Café de la Gare, Le Splendid, Le Vrai Chic Parisien, etc.). On est partagé entre l’envie de s’amuser avec tous ces copains et l’envie d’arrêter cette succession foutraque de délires. Si le film est devenu culte pour certains (ou simplement le fameux passage chanté du Chevalier Blanc), le film a été un échec commercial et critique et Coluche ne voulut jamais recommencer l’expérience de la réalisation.

le maitre d'ecole

6. Le Maître d’école (1981)

Le Maître d’école de Claude Berri est basé sur le livre de Jules Celma qui a expérimenté l’éducation des enfants en leur laissant une liberté totale. Le professeur pas tout à fait à sa place est remarquablement interprété par Coluche dans une prestation bien moins criarde que dans ses autres comédies. Le film bénéficie aussi de chanson culte de Souchon et de Richard Gotainer (Le Sampa). Sa lenteur, en marge des autres comédies de l’époque, amène une légère poésie bienvenue mais il manque à ce film une volonté de raconter une histoire. Car finalement, il ne se passe pas grand-chose, même si ce qu’il y a est impeccable.

le fou de guerre

5. Le Fou de guerre (1985)

Le Fou de guerre permet à Dino Risi et Coluche de se retrouver après l’échec du Bon Roi Dagobert, dans un film qui possède une tout autre dimension. Si ce film n’échappe pas à quelques erreurs, cela reste un film intéressant sur la folie des hommes, incarné ici par un Coluche époustouflant en commandant en second de l’armée italienne basée en Lybie, durant la Seconde guerre mondiale. Son interprétation sadique profite de l’image bonhomme de son interprète, pour faire du Capitaine Oscal Pilli un véritable fou dangereux et effrayant. C’était aussi le troisième rôle sérieux de Coluche qui annonçait la volonté de l’humoriste de tenter de nouvelles choses au cinéma. Le Fou de guerre est son dernier film avant sa mort et ne permet que de rêver à la carrière fantastique qu’il aurait pu faire, par après.

inspecteur la bavure

4. Inspecteur La Bavure (1980)

Claude Zidi imagine ce qui fera le succès des comédies en duo de Francis Veber avec Gérard Depardieu et Pierre Richard : un maladroit et une brute. Cette fois, c’est Coluche qui se retrouve à la place du maladroit, un fils de héros de la police qui arrive plus ou moins à réussir ses examens sans vraiment réussir à être aussi courageux et rusé que papa. Par rapport à d’autres productions de Zidi, le film est étonnamment sobre dans sa mise en scène et donne un regard amusant des policiers, ainsi que plusieurs gags vraiment hilarants. Une toute bonne comédie qui a donné étonnamment l’envie à Cabu et Convard de novelliser cette histoire en BD (publiée chez Albin Michel).

deux heures moins le quart avant jesus christ

3. Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982)

5 ans après l’échec de sa réalisation, il remet le couvert dans un film de potes mais, cette fois, dirigé par Jean Yanne. Gros pastiche des péplums grandiloquents, ce film est une pure réussite du genre, remplie d’anachronismes et d’acteurs au sommet de leur forme. C’est aussi un des plus grand succès commercial des deux humoristes au cinéma. Ce film devenu culte ne souffrit que d’un gros problème difficilement géré : l’affrontement entre Jean Yanne et Coluche, qui ne se supportaient pas et qui finirent le film sans presque se parler. Mais leur professionnalisme est tel que cela ne se voit jamais à l’écran.

l'aile ou la cuisse

2. L’Aile ou la cuisse (1976)

L’adage voulant que Louis de Funès ne soit vraiment bon qu’accompagné d’un autre acteur de talent qui partage l’affiche (Bourvil ou Yves Montand) se vérifie dans cette comédie de Claude Zidi qui fut aussi le premier rôle intéressant de Coluche au cinéma. Si le kitsch des usines du grand méchant industriel de la gastronomie a mal vieilli, le film reste une très bonne comédie sur les rapports entre un père et son fils, entre un génie de l’humour sur la fin et sa relève. On remarquera donc aussi que Coluche est meilleur dans la comédie quand il est accompagné d’une personnalité forte (Michel Serrault, de Funès, Depardieu).

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1. Tchao Pantin (1983)

On ne pouvait passer à côté de ce chef-d’œuvre qui a montré, à tous, le talent de composition dramatique du trublion. En plus du césar mérité, Coluche livre une prestation époustouflante, bien plus proche des sales parties de sa vie que l’image donnée dans ses sketchs. Claude Berri est peut-être le réalisateur qui a su le mieux exploiter le talent de l’humoriste, que ce soit la sobriété poétique et lunaire du Maître d’école ou le malheur de Tchao Pantin.

Au final, même si leur humour et le nombre de films tournés sont totalement différents, il y a pas mal de ressemblances avec Louis de Funès avec qui il partagea l’affiche en 1976 dans L’aile ou la cuisse. Tous les deux ont tourné beaucoup de films comiques, qui ne tenaient qu’à leur présence à l’écran et n’ont jamais été aussi doués qu’accompagnés d’un autre fort caractère. Mais seul Coluche réussit à conquérir le respect dramatique de la profession. Pourtant, la comédie est un genre noble et réussir dans le drame ne doit pas être une obligation. Mais pour notre part, la force du registre dramatique exploré par Coluche est surtout sa volonté d’enfin être autre chose que l’humoriste que tout le monde connaissait et de rechercher une performance dans des compositions, ce que, malheureusement, le funeste destin de cet homme n’a pas laissé épanouir. Et pourtant, bravo l’artiste !

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 282 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine

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