High Life, voyage sidéral au bout de l’enfer

High Life
de Claire Denis
Science-fiction
Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin
Sorti le 20 mars 2019

Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de participer à une mission spatiale gouvernementale, dont l’objectif est de trouver des sources d’énergies alternatives, et de prendre part à des expériences de reproduction…

À force d’enchaîner les films de science-fiction américains de bonne ou moyenne qualité, on en oublie que le film de genre est avant tout un laboratoire et un lieu où les différentes influences donnent lieu à des films d’auteurs atypiques et singuliers. High Life fait partie de ces œuvres. Ayant un budget incomparable face à des films tels que Passengers de Morten Tyldum ou Interstellar de Christopher Nolan, Claire Denis emprunte les enjeux de départ et les mixe à sa sauce.

L’auteur pose dès le début la base des évènements qui vont suivre : Monte (Robert Pattinson) est seul dans un vaisseau spatial avec un bébé qu’il nourrit, console et protège. Le reste de l’équipage a disparu. Une série de flashbacks va nous tenir en haleine pendant toute la première partie du film. La force du récit est son côté malsain et déviant. Le curieux équipage de ce vaisseau spatial ressemble plus à une clinique psychiatrique qu’à une Arche de Noé. Dibs (Juliette Binoche) est une effroyable chef-médecin malfaisante sortie tout droit d’un film de David Cronenberg. Une scène d’onanisme fétichiste résume en quelques minutes son rapport au sexe, à la douleur et à la maternité.

Car voilà, ce lieu clos et autarcique est un creusé dans lequel Claire Denis explore les conséquences d’une telle proximité. Le contrat de départ les contraint à se plier aux exigences de la doctoresse maléfique. Sous son emprise, le commandant est dépendant sexuellement de cette incroyable reine-mère galactique. Ce rapport malsain à la hiérarchie est associé à la difficulté pour des esprits dérangés ou rebelles de rester dans le rang. Fable cruelle sur l’obsession de la maternité, avec une dimension quasi mystique, le sperme devenant une ostie consacrée sur l’autel de l’eugénisme. Hélas, le mélange de ces  ingrédients va provoquer une série de drame qui nous mènera à la situation d’ouverture et nous offrir une deuxième partie plus calme.

Pourtant, et c’est la limite du film, certains détails manquent (beaucoup) de réalisme. Perdus au milieu de l’espace, les personnages marchent tranquillement comme s’ils étaient dans une prison sur terre, ce qui est un peu bizarre en l’absence de gravité. Pareil pour ce qui est de la finesse des décors techniques, on sent le plastique et les écrans de vieux PC. Pourtant, même un peu pauvres, les décors suffisent à donner le change. Un peu comme dans Dogville de Lars Von Trier, seule suffit l’évocation des lieux. On sent que le réalisme est laissé de côté pour donner une meilleure part aux rapports entre les personnages et on oublie très vite ces imperfections.

On soulignera aussi la qualité du jeu des acteurs et de la mise en scène même si ce genre de film, très psychologique voire psychiatrique, ne fera certainement pas l’unanimité. Le tout nous donne un film sincère, singulier, parfois dans l’exagération mais jamais consensuel. Loin de la mièvrerie de Passengers et de la flamboyance d’Interstellar, High Life est un film presque expérimental qui réinvente le voyage interstellaire sauveur de l’humanité.

Bruno Pons
A propos Bruno Pons 45 Articles
Journaliste du Suricate Magazine