H+ Transhumanisme : où l’avenir du corps humain dépasse nos rêves de science-fiction

auteur : Matthieu Gafsou
édition : Actes Sud
sortie : octobre 2018
genre : science et technique

L’OMS a publié une définition de la santé qui reste inchangée depuis 1946 : “La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité”. Autrement dit : une absence de maladie ou d’infirmité ne signifie pas pour autant que l’on soit en bonne santé. Les transhumanistes considèrent que le corps humain, même en bonne santé, est dysfonctionnel et pensent que la technologie permettra de parfaire les fonctions de ce corps, lui permettant à terme de prolonger sa vie éternellement.

La limite entre ce qui relève de l’amélioration de certaines fonctions spécifiques d’un corps sain et la réparation d’un corps déficient ou abîmé est très floue, donc difficile à définir. La base de la pensée transhumaniste repose sur la conviction que le corps humain est inachevé (il serait plus juste de dire qu’il n’a pas fini d’évoluer) et qu’à ce titre, il doit pouvoir être perfectionné. On s’éloigne ici des opérations visant à réparer un organe malade ou à la pose d’un appareillage qui compensera une fonction dysfonctionnelle, dans le but d’améliorer la santé du corps et prolonger la vie.

Voici un exemple qui parlera à tout le monde : les traitements orthodontiques. Vous savez, ces appareils à plaquettes que l’on fixe aux dents et qui défigure votre sourire pendant au moins deux ans en plus de faire un mal de chien? Et bien, au départ, ils possédaient une fonction purement thérapeutique. Actuellement, c’est le sourire à la dentition parfaite qui est la norme et de nombreuses personnes portent désormais un appareil dentaire dans le but de corriger un défaut qui n’est qu’esthétique. Si une dentition n’est pas parfaite d’origine, c’est que le corps à des défauts et donc qu’il est inabouti. Et si l’on peut avoir un impact sur ce défaut, cela veut dire que le corps est correctible, malléable.

Mais l’amélioration de certaines fonctions corporelles ou la correction de certaines dysfonctionnalités, qu’elles le soient dans un but esthétique ou médical, ne se distinguent pas uniquement dans le domaine orthodontique. Dans H+ Transhumanismes, Matthieu Gafsou tente, à l’aide d’images de haute qualité qui parlent presque d’elles-mêmes, de regrouper tous les champs d’expérimentation que couvrent la pensée transhumaniste. On vient de le mentionner, cet ouvrage est composé en grande majorité d’illustrations et malgré des explications plutôt succinctes, l’essentiel y est.

On commence le tour d’horizon par les prothèses et autres orthèses qui aboutissent à des formes de plus en plus sophistiquées d’exosquelette. Le but de ce dernier est d’améliorer les capacités humaines : la Darpa travaille sur des projets de recherches dont le but est de transformer des soldats en véritables machines de guerre. Les prothèses sont de plusieurs natures: mouvement du quantified self qui préconise la surveillance constante de ses propres données physiologiques dans le but d’améliorer la santé; utilisation de nootropes – substances diverses qui en modifiant la physiologie implique également une augmentation cognitive – pour augmenter la motivation ou encore améliorer les conditions de vie; pose d’appareils électriques invasifs tels les pacemaker qui allongent la durée de vie, mise au point d’un prototype de pancréas artificiel qui pourrait transformer la vie des diabétiques. Et que dire de l’IPhone qui est maintenant communément considéré comme une prothèse mémorielle?

Toutes ces innovations sont le résultat de recherches avant-gardistes menées par ce que l’on appelle des biohackers (ou grinders) qui s’améliorent en s’opérant eux-mêmes. Ainsi Julien Deceroi s’est implanté un aimant dans le majeur, Neil Harbison s’est fait poser une prothèse Eyeborg, Kevin Warwick possède des électrodes greffées dans le bras et directement reliées à son système nerveux, tandis qu’Igor Trapeznikov porte plusieurs implants expérimentaux et artisanaux.

Depuis la nuit des temps, les Hommes recherchent la fontaine de jouvence dans le but de percer le secret de l’immortalité. Les transhumanistes considèrent que l’immortalité est atteignable mais pas avec un corps humain qui n’aurait pas subi d’amélioration. De ce glissement de pensée d’une immortalité impossible à une immortalité qui pourrait être un jour envisageable naîtra encore le cosmisme. Ce courant de pensée considère que le salut de l’humanité se situe dans la conquête spatiale mais que seul un être humain augmenté aura la possibilité de survivre à la dureté des conditions spatiales. Gageons que le développement de plus en plus rapide des technologies nous offrira très prochainement de nouvelles inventions qui dépasseront la seule nécessité de se garder en bonne santé.

Daphné Troniseck
A propos Daphné Troniseck 244 Articles
Journaliste du Suricate Magazine