Gaston Lagaffe, la gaffe de casting

Gaston Lagaffe

de Pierre-François Martin-Laval

Comédie

Avec Théo Fernandez, Pierre-François Martin-Laval, Arnaud Ducret

Sorti le 4 avril 2018

Avec ses inventions délirantes, il va changer le quotidien de ses collègues. Chat, mouette, vache et gaffophone seront au rendez-vous des aventures de notre bricoleur de génie qui ne pense qu’à faire le bien autour de lui, mais qui a le don d’énerver Prunelle, son patron. Les gaffes à gogo de notre empêcheur de travailler en rond pourront-elles éviter que le redoutable Monsieur De Mesmaeker rachète le Peticoin ?

Après Les Profs 1 et 2, Pierre-François Martin-Laval s’attaque à un monument de l’humour du neuvième art, Gaston Lagaffe. Et on peut dire que la gageure est immense, car l’univers de Franquin semble un Everest à gravir tant il est une part immortelle de l’inconscient collectif. Les Mademoiselle Jeanne (Alison Wheeler), Longtarin (Arnaud Ducret) et autre Prunelle (Pierre-François Martin-Laval) sont des personnages familiers et il fallait pour cela un casting minutieux et sans fausse note, comme on le ferait pour un film de super-héros. L’univers d’une BD est un tout et la moindre anicroche risque de faire s’écrouler l’édifice. En cela, Gaston Lagaffe est presque réussi : Mademoiselle Jeanne est plus que crédible en employée de bureau banale, mais avec ce « je ne sais quoi » de sexy et pétillant ; Monsieur de Mesmaeker (Jérôme Commandeur) est puant, bouffi d’arrogance et sadique ; Et Pierre-François Martin-Laval, à sa manière, campe un Prunelle naïf, à la limite du « burn out » et complètement dépassé. Le tout cadre bien avec un univers loufoque où l’on reconnait la patte humoristique de l’ancien « Robin des bois ».

Au niveau du scénario, on pouvait s’y attendre, pas de grande révolution. L’intrigue consiste plus à un enchaînement de gags, dont une grande partie est directement tirée de l’œuvre de Franquin. On sourit, on rit même parfois, surtout lorsque l’originalité prend le dessus sur les poncifs « Lagaffiens ». Le fait de faire du « petit coin » une entreprise qui rend utile les objets inutiles, donne à Pierre-François Martin-Laval toute une palette de situations burlesques qu’il utilise avec énormément de talent.

Pourtant, si l’univers de Gaston se marie assez bien avec l’humour de Pierre-François Martin-Laval, il reste quelques pierres d’achoppement et non des moindres. Tout d’abord, en adaptant cette bande dessinée, l’auteur s’est laissé avoir par la facilité. La plupart des gags de Franquin sont repris à la lettre, sans filtre, sans que l’auteur ne se les approprie. Il en ressort des situations à la limite du ringard qui finissent par ennuyer.

Pierre-François Martin-Laval pêche aussi dans sa gestion du personnage de Gaston. L’impression première est qu’il débarque comme un élément imposé dès le départ que l’on essaye constamment d’éluder. Le manque de présence de Théo Fernandez n’aide pas à rendre ce personnage attachant, comme il peut l’être dans les albums de Franquin. Pire, cette erreur de casting déséquilibre tout le récit et on se rend vite compte que le film est beaucoup plus drôle sans Gaston. Le personnage – qui devrait être maladroit génial, partisan du moindre effort mais tout de même attachant comme l’ami un peu fêlé que l’on aimerait avoir – ressort ici avec tellement peu de charisme que au mieux, on le trouve transparent et au pire, on y voit un personnage insensible, cruel et à la limite de la psychopathie.

Dans l’ensemble, Gaston Lagaffe est une comédie valable quand l’humour de Pierre-François Martin-Laval prend le dessus, mais un tel monument méritait plus d’application dans l’écriture et le casting. On peut donc ranger ce film parmi les adaptations décevantes de héros de bandes dessinées aux côtés d’Astérix Le Gaulois, Boule et Bill ou le Petit Spirou. D’autant plus dommage que l’univers burlesque de Pierre-François Martin-Laval correspond assez bien au monde décalé du « héros-sans-exploit ».

Bruno Pons
A propos Bruno Pons 42 Articles
Journaliste du Suricate Magazine