François le saint jongleur au Théâtre Poème

De Dario Fo, mise en scène de Toni Cecchinato, avec Jean-Marie Pétiniot

Du 19 février au 1er mars à 20h au Théâtre Poème

Le Festival Dario Fo et Franca Rame se poursuit au Théâtre Poème. Après avoir foulé le sol du nouveau monde avec Johan Padan à la découverte des Amériques ou dégusté certaines scènes de la vie conjugale avec Couple ouvert à deux battants, voici que nous redécouvrons les saintes écritures avec François le saint jongleur, porté par un Jean-Marie Pétiniot envoûtant mais parfois incertain.

Nous connaissons tous l’histoire de Saint François d’Assise, fondateur de l’ordre des Franciscains et figure des plus connues de l’Histoire du catholicisme. Ou peut-être pensons-nous le connaître. Car ce François-là, celui que nous présente Dario Fo est tout autre. Premièrement, l’auteur s’amuse à vulgariser son personnage, le descendant de sa sainte colline pour en faire un personnage du peuple. Il commence d’entrée de jeu par présenter François comme un jongleur, c’est à dire un beau parleur, emberlificoteur, meneur de foules, bref, un acteur. Et Dario Fo d’expliquer à quel point être jongleur est mal vu à l’époque plaçant dès le début les termes de « saint » et de « jongleur » en position d’oxymore.

Tout François le saint jongleur est basé sur un traitement paradoxal de son sujet. Les personnages sont rendus humains et vils, comme ce pape Innocent III, véritable froussard parkinsonien qui ne fait le bien que grâce à l’aide de ses conseillers, comme ce Jésus, présenté comme un Bruce Lee des miracles, ne changeant l’eau en vin qu’après avoir fait ses échauffements. Le tout est construit selon la structure d’un One Man Show : Jean-Marie Pétiniot narre, passe d’un personnage à l’autre les caricaturant pour en tirer un potentiel comique et faire rire. D’un sujet saint, Dario Fo fait une oeuvre qui s’apparente plus à la commedia dell’arte qu’au Miracle.

Et François le saint jongleur ne fait pas que raconter une histoire, il dénonce à travers la fable des situations politiques et sociales actuelles faisant un lien avec l’Italie de Berlusconi notamment. Mais la pièce, montée pour la première fois il y a 11 ans dépasse le texte fixé dans la pierre par Dario Fo pour le rendre vivant et l’adapter à son public belge d’aujourd’hui. On y parle d’André Cools, on s’adresse au public en flamand, on sort du texte pour parler de Dario Fo, on s’adresse au public. La mise en scène multiplie les libertés avec le texte pour lui redonner un statut oratoire et rendre au comédien son rôle de jongleur.

Et dans ce rôle de jongleur, le merveilleux Jean-Marie Pétiniot captive, envoûte et fait rire aux éclats malgré quelques soucis au niveau du débit du texte, petits soucis techniques liés peut-être au trop-plein d’énergie mais qui se marient bien avec la forme choisie par la mise en scène. Il s’attaque à son rôle avec une énergie corporelle et expressive détonnante. Mais plus impressionnant encore que son corps, c’est la voix du comédien qui marque : passant avec une aisance déconcertante du grave au léger, de l’émotion à la joie, elle imprègne le texte d’une profondeur presque biblique par instants pour l’instant d’après faire une blague un peu grasse.

Délicieux moment que ce François le saint jongleur au Théâtre Poème mis en scène par Toni Cecchinato qui nous donne à rire et à pleurer avec une énergie incroyable même si parfois un peu imprécise. A savourer jusqu’au 1er mars au Théâtre Poème.

Mathieu Pereira
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