La fille du train, sur les rails d’un thriller maladroit

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La fille du train

de Tate Taylor

Thriller

Avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett

Sorti le 2 novembre 2016

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La fille du train, l’adaptation sur écran du roman à succès éponyme, n’apporte pas de véritable contrepoint au texte de Paula Hawkins. Trop convenu, trop plat, le film de Tate Taylor emprunte les rails d’un thriller maladroit et rate immanquablement son rendez-vous avec les fans de la version papier.

Thriller psychologique sous forme de film choral, la fille du train s’axe autour d’un trio de femmes toxiques. Il y a tout d’abord Rachel, sorte de desperate woman borderline, perdante à la puissance dix qui a sombré dans la dépression et l’alcool suite à son divorce avec Tom. Ensuite, on découvre Anna, l’ancienne maitresse de Tom devenue entretemps l’officielle, vivant à ses côtés avec leur petite fille dans l’ancienne maison de Tom et Rachel. Et puis, il y a Megan, proche voisine du couple, que Rachel voit très souvent depuis la fenêtre du train lors des trajets qu’elle multiplie vers la capitale pour tromper son ennui (elle a été virée de son travail). Un jour, Rachel apprend par la presse la disparition étrange de Megan et décide de percer le mystère autour de cette affaire.

Tel est le début de cette intrigue à tiroirs sur fond de trahisons, sexe et alcool. Contrairement au roman qui se déroulait dans les faubourgs de Londres, le réalisateur Taylor (La couleur des sentiments) a planté son décor dans une banlieue de New York, le long de la rivière Hudson. Si son film reste dans l’ensemble très fidèle au roman d’Hawkins, il manque singulièrement de nuances et d’intensité. Entre les multiples rebondissements et pistes avortées – faute de temps – le film bute sur l’écueil d’inévitables raccourcis qui rendent certaines scènes peu crédibles à l’écran. On peine à découvrir les véritables intentions de l’héroïne car certaines actions arrivent trop vite, apparaissent comme étranges voire lourdaudes. Là où le roman prenait le temps de dépeindre la gamme des sentiments de Rachel (rongée entre la culpabilité, la honte, la colère, la peur et la tristesse), le film ne livre pas avec finesse toutes les émotions et fêlures qui rendent son personnage attachant et vulnérable.

De même, dans le livre, les points de vue contradictoires apportent un éclairage à la fois différent et nouveau sur les mêmes scènes. Chez Taylor, les points de vue sont aussi alternés mais presque toujours dans les mêmes tonalités. Les trois femmes sont simplifiées, elles sont toutes dépendantes du regard des hommes et ne parviennent pas à défendre leur propre identité. Le personnage d’Anna, la grande rivale de Rachel, manque cruellement de souffre et n’apporte pas du tout de sel au récit. Dans la peau de Megan, Haley Bennett en garce libertine s’en tire un peu mieux que Rebecca Ferguson et son partenaire Justin Theroux (Tom). Mais c’est surtout la troublante Emily Blunt, par ses yeux larmoyants et son attitude hagarde, qui porte l’action à bout de bras face aux autres acteurs de la distribution qui proposent des visages fades et sans grande complexité.

Au niveau formel, le film multiplie les allers-retours temporels et le croisement des personnages pour rythmer le récit et tisser une toile d’araignée mentale autour d’eux. Tramé de nombreuses réminiscences, le thriller joue avec les flous, le montage syncopé et les ralentis pour mieux rendre palpable l’amnésie de Rachel. Mais entre les brumes de la banlieue new-yorkaise et les vapeurs d’alcool, rien n’y fait. La tension dramatique ne s’installe jamais. Et l’histoire se perd dans un film grisâtre où rien ne dépasse la surface de plan. En transposant le récit au lieu de l’adapter, le film ne parvient pas à obtenir le souffle haletant du roman.

Ce long-métrage se transformera toutefois en trajet supportable pour ceux qui n’ont pas lu le roman même si la destination est loin de remplir toutes ses promesses.

Marie-Laure Soetaert
A propos Marie-Laure Soetaert 128 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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