« Du côté de chez l’autre », la valse des non-dits

© Grégory Navarra

« Du Côté de chez l’autre » d’Alan Ayckbourn, mise en scène de Daniel Hanssens, avec Laure Godisiabois, Frédéric Nyssen, Catherine Decrolier, Pierre Poucet, Amélie Saye, Thomas Demarez. Du 5 au 9 décembre 2017 au Centre Culturel d’Auderghem et du 15 au 31 décembre 2017 au Centre Culturel d’Uccle.

Frank Foster, Bob Phillips et William Featherstone ont un point commun : ils travaillent dans la même boîte. Pour le reste, tout semble les opposer, de leur classe sociale à leur condition maritale. Pourtant, Fiona Foster et Bob Phillips entretiennent une relation extra-conjugale sur le point d’être découverte par leurs conjoints respectifs. Pour noyer le poisson, les deux amants décident de dévier l’attention vers le couple des Featherstone. Celui-ci va alors servir de lampiste à leur propre tromperie.

Du Côté de chez l’autre est l’adaptation de la célèbre pièce How The Other Half Loves écrite en 1969 par le dramaturge anglais Alan Ayckbourn. En revisitant ce vaudeville à succès, le metteur en scène de « La Comédie de Bruxelles », Daniel Hanssens, se mettait quelque peu en danger. De fait, si l’efficacité du texte n’est plus à prouver, il est néanmoins toujours délicat de trouver les bons acteurs pour faire de ce chassé-croisé burlesque, un ballet théâtral de bonne facture. Et pour cause, avant d’être une bonne comédie, How The Other Half Loves est surtout une prouesse scénique, visuelle et dramaturgique. Sans précision, sans concentration et sans variation rythmique, la pièce n’aurait que peu d’intérêt.

Cette prouesse, Daniel Hanssens et ses comédiens l’ont accomplie de main de maître. Constamment dans la justesse, les comédiens se croisent sans se croiser, se coupent la parole sans la couper et jonglent avec les lieux et les temps. Cela a pour conséquence de les obliger à connaître le texte des autres, mais aussi à les empêcher d’improviser quelques pas ou de cabotiner par excès de confiance.

Sur le fond – et donc sur le texte en lui-même -, la pièce s’octroie davantage de légèreté. Comme beaucoup d’autres oeuvres issues du théâtre vaudevillesque, Du Côté de chez l’autre nous narre la vie du couple, avec ses hauts et ses bas, ses non-dits, ses traîtrises et ses rapports de force. Comme beaucoup d’autres, cette pièce met plusieurs couples en confrontation directe et ce, avec un sadisme jouissif. Cependant, là où Alan Ayckbourn se démarque, c’est dans le mélange des genres. Au-delà du traditionnel cocufiage, l’auteur travaille de manière sous-jacente la lutte des classes, les rapports hommes-femmes et l’injustice. Qui a dit que le vaudeville ne pouvait pas être truffé de moralité ?

En résumé, Du Côté de chez l’autre est une pièce à voir. Auréolée par la mise en scène rigoureuse de Daniel Hanssens et magnifiée par des acteurs incroyables, cette adaptation mérite indiscutablement qu’on s’y intéresse le temps d’une soirée. Citons encore Marcel Achard dont la citation pourrait résumer cette histoire : « Cocu pour cocu, autant être marié ».

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Matthieu Matthys
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Omniscient avorté, avide de nouveautés et en recherche perpétuelle du pourquoi du comment, je suis fondateur, directeur de publication et responsable cinéma du Suricate Magazine.