Dovlatov, nul n’est prophète en son pays

Dovlatov
d’Alexey German Jr.
Biopic, Drame
Avec Artur Beschastny, Milan Maric, Danila Kozlovsky
Présenté au festival « Russian Turn : Kino » à Bozar

Dans le cadre du festival « Russian Turn : Kino » qui s’est tenu à Bozar du 17 au 19 décembre, et qui avait pour but de présenter au public belge une série de films russes contemporains indépendants, les spectateurs ont pu découvrir le dernier film d’Alexeï Guerman Jr., Dovlatov.

Présenté à la dernière Berlinale et récompensé pour ses décors et costumes, ce film retrace 6 jours dans la vie de Sergueï Dovlatov, écrivain brillant et caustique qui, durant la glaciation de l’ère Brejnev, tentera par tous les moyens de garder son intégrité morale malgré les pressions constantes de la bureaucratie soviétique.

Ce qui frappe en premier lieu, c’est la minutie avec laquelle le Leningrad des années 70 a été reconstruit. Même si les appartements communautaires étaient sans doute un peu plus « épurés » à l’époque, on ne perçoit aucun anachronisme dans cette reconstitution et le spectateur peut se plonger avec intérêt dans l’ambiance de cette période particulière de l’Union Soviétique.

Le second intérêt du film réside dans les dialogues et l’atmosphère souvent surréaliste des situations présentées. Bien entendu, les échanges entre les différents protagonistes reflètent le style caustique et cynique de Dovlatov et non une tentative de reconstitution historique. C’est donc le côté absurde, le regard moqueur et décalé de l’auteur face à des situations kafkaïennes qui apportent du piment au film.

Evoquer une semaine des parcours de Dovlatov mais également de son ami poète Brodsky, c’est non seulement se pencher sur cette période d’immobilisme des années 70 en URSS, mais c’est également une réflexion globale sur la liberté d’expression, la récupération par le pouvoir de la sphère culturelle, le déni de la réalité… Face à un pouvoir qui décidait de ce qui pouvait être publié, et restreignait le champ du possible pour les artistes aux évocations d’un passé glorieux et d’un présent souriant, quelle place pour les artistes qui voulaient simplement décrire la réalité, comment garder son intégrité morale et sa santé mentale lorsque le décalage était tellement important entre la vie quotidienne et la communication officielle ? Chaque spectateur aura la possibilité de faire un parallèle avec l’actualité de plusieurs pays, preuve que si les outils ont changé, le combat pour la liberté de réflexion reste toujours bien présent au 21ème siècle.

Dovlatov est un film à découvrir, tant pour sa reconstitution fidèle de l’époque que pour toutes les questions qu’il pose par rapport au rôle de la culture dans la société. Le film parle de sujets graves, mais grâce à son humour quelque peu surréaliste, il se laisse regarder avec plaisir.

Vincent Penninckx
A propos Vincent Penninckx 34 Articles
Journaliste du Suricate Magazine