Doctor Strange, de l’autre côté du miroir

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Doctor Strange

de Scott Derrickson

Fantastique, Action

Avec Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Tilda Swinton

Sorti le 26 octobre 2016

Lors de la projection d’Avengers 2 : Age of Ultron, les spectateurs du monde entier avaient pu entendre prononcer le nom de « Docteur Strange ». Si, pour de nombreux spectateurs, ce nom ne signifiait alors rien, il a une importance considérable pour les amateurs des productions Marvel.

Qui est le Docteur Strange ?

Le docteur Stephen Strange est un héros créé en 1963 par Stan Lee et Steve Dikto. Misanthrope cynique et égocentrique, Strange est un brillant chirurgien qui perd l’usage de ses mains suite à un accident de voiture. Après avoir essayé toutes les solutions pour retrouver sa dextérité perdue (allant jusqu’à se ruiner), il apprend l’existence d’un endroit en Orient susceptible de le mener sur le chemin de la guérison. C’est ainsi qu’il découvre un monde au-delà des connaissances humaines et commence une formation qui fera de lui le maître des arts mystiques ! L’inclusion de ce personnage dans le canon des productions cinématographiques Marvel a une importance considérable, dans la mesure où il s’insère dans ce qu’on appelle la « phase 3 » [La « phase 1 » est l’assemblage des Avengers, allant du film Iron Man en 2008 jusqu’au film Avengers en 2012 ; la « phase 2 » s’intéresse quant à elle aux répercussions de la bataille de New York dans Avengers et introduit de nouveaux personnages tels Ant-Man et les Gardiens de la Galaxie] qui suit l’attaque d’Ultron, les dissensions nées au sein des Avengers et voit l’apparition de nouveaux héros comme Black Panther ou Spider-Man qui seront eux aussi bientôt au centre d’un long-métrage. Deuxième épisode de cette phase 3, Doctor Strange a pour tâche d’introduire le multivers aux spectateurs, ainsi que toute la dimension mystique de l’univers Marvel. Le succès de ce film est donc capital à la bonne mise en route de cette nouvelle étape.

Ce que l’on sait moins, c’est que le célèbre sorcier a déjà eu droit à pas moins de trois adaptations cinématographiques de par le passé ! En effet, dès 1978, les aventures du Docteur Strange furent adaptées pour le petit écran le temps d’un téléfilm d’1h30 qui changeait légèrement les origines du sorcier. Dans cette production, bien que celui-ci demeurait médecin, il n’exerçait pas la chirurgie et son apprentissage mystique ne fut pas le fruit d’un périple destiné à retrouver l’usage de ses mains. À coups de moustache chevron et de bébés en plastique [pour les curieux : https://www.youtube.com/watch?v=0l8OoE-R-RE#t=8m50s], cette première portée à l’écran ne fut pas des plus palpitantes.

Quatorze ans plus tard, en 1992, sortait « Doctor Mordrid », adaptation non officielle du Comic Book. Les droits d’exploitation arrivés à leur terme peu avant le lancement de la production, le scénario dû être remanié afin de se détacher de l’histoire de Strange. Cette version mettait en scène Jeffrey Combs – sans le célèbre bouc du Docteur –, présenté comme le gardien de l’humanité aux prises avec les ténèbres incarnées par le terrible Kabal, sorte de surfer bodybuildé portant des chemises bouffantes… Ici, Strange/Mordrid n’est pas médecin mais professeur d’université et chercheur en Magie Noire ; il vit reclus dans son appartement et hypnotise les jolies voisines pour se soustraire à leur conversation.

Enfin, la dernière version – et, jusque là, la plus fidèle au Comic Book – est un dessin animé sorti en 2007 et intitulé « Doctor Strange : The Sorcerer Supreme ». Dans celui-ci, on ajoute au récit des origines le fait que Strange est devenu misanthrope suite à la disparition de sa sœur qu’il n’aura pas su sauver, afin de complexifier la nature de son arrogance et de ses choix.

Bien que ces films aient été presqu’entièrement oubliés, il nous semblait important de profiter de la sortie de ce Doctor Strange version 2016 pour les dépoussiérer quelque peu. Cette nouvelle production marque donc le retour du héros sur les écrans et, surtout, son premier passage au cinéma en licence officielle au sein du Marvel Cinematic Universe !

Doctor Strange, version 2016

Cette nouvelle réalisation reprend dans les grandes lignes le scénario de l’animé de 2007 : Stephen Strange est toujours un chirurgien arrogant qui perd l’usage de ses mains dans un accident de la route et se rend à Kamar-Taj, au Népal, afin d’entamer une quête initiatique destinée à faire de lui le Sorcier Suprême. La nouveauté est ici qu’il sera amené à combattre Kaecilius (Mads Mikkelsen), sorcier renégat qui cherche à pactiser avec le démon Dormammu.

Dès la sortie des premières bandes annonces, le public a salué le style visuel du film, faisant la comparaison avec l’Inception de Christopher Nolan pour certaines séquences. C’est en effet l’une des grandes qualités de ce Doctor Strange. Mais la comparaison ne s’arrête pas là et l’on pensera également à d’autres films comme par exemple Matrix pour le principe du « monde derrière le monde », au Fantômes contre Fantômes de Peter Jackson pour les scènes de projection astrale (notamment une scène de bagarre dans un hôpital entre Strange et un sbire de Kaecilius qui rappelle fortement la scène finale de cette extraordinaire réalisation méconnue), ou encore à Source Code et aux jeux vidéos Prince of Persia pour les scènes impliquant l’orbe d’Agamotto ! On pourrait encore penser à Star Wars pour le caractère de Kaecilius, élève autrefois brillant ayant choisi de se tourner vers le « Côté Obscur ».

Les ingrédients de la franchise Marvel sont réunis pour faire de ce film une belle réussite. De l’humour avant tout, parfois prévisible et qui ne fait pas toujours mouche mais est néanmoins propre à l’identité des productions Marvel. La musique ensuite, composée par Michael Giacchino, s’avère être l’une des bandes son les plus originales de la licence. À celle-ci s’ajoutent l’une ou l’autre chansons plus anciennes – clin d’œil quasiment inévitable depuis Les Gardiens de la Galaxie –, Strange étant ici présenté comme mélomane.

Les acteurs parviennent quant à eux tous à tirer leur épingle du jeu. Mads Mikkelsen, Chiwetel Ejiofor, Rachel McAdams et Tilda Swinton s’avèrent comme toujours irréprochables. Quant à Benedict Cumberbatch, sans pour autant s’approprier le personnage comme avaient pu le faire Hugh Jackman (Wolverine), Robert Downey Jr. (Iron Man) ou Chris Pratt (Star Lord), il personnifie honorablement le célèbre Docteur. Le héros n’en étant encore que dans son apprentissage, il est pour l’instant peu évident de donner une réponse arrêtée à ce sujet. Les prochaines apparitions du Sorcier permettront de trancher la question.

Le défaut de ce film est finalement le défaut de toutes les productions Marvel : le formatage. Aucune vision réellement artistique n’en ressort. Disney et Marvel, les producteurs, prennent bien soin de répondre à un cahier des charges précis à chaque nouvel épisode de la licence, allant parfois jusqu’à étouffer la vision des réalisateurs (on se souvient d’Edgar Wright qui abandonna la réalisation d’Ant-Man suite à un différent artistique avec la production). Cela est un avantage à partir du moment où le film est destiné à s’insérer dans une série d’autres long-métrages, car la chose induit de la cohérence et une certaine forme d’homogénéité, mais c’est également un défaut majeur car les films Marvel parviennent alors rarement à s’illustrer artistiquement et à sortir du lot. Doctor Strange s’établit ainsi sur le même schéma que nombre de ses prédécesseurs : un personnage tourmenté se fabrique une armure/prend un super sérum/apprend la sorcellerie pour se tirer d’une situation lambda et devenir un super héros. Après avoir connu une première défaite, il apprendra à se remettre en question pour laisser son égoïsme de côté, se surpasser et enfin vaincre le mal. Si la recette est la même pour bon nombre de films de super héros, elle est généralement appliquée à la lettre chez Marvel sans toujours qu’il y ait d’autre dimension derrière. En somme, il n’y a pratiquement jamais de prise de risque. Ces films s’avèrent alors souvent de simples divertissements qui ne cherchent pas à créer autre chose qu’un plaisir immédiat chez le spectateur. Non pas que cela soit mal, il en faut pour tous les goûts !

Mis à part cela, Doctor Strange s’avère être un excellent Marvel car, comme Les Gardiens de la Galaxie avaient réussi à surprendre en situant l’action dans un autre monde, Strange fait la même chose en amenant le spectateur dans un univers mystique nouveau et rafraîchissant (univers qui, paradoxalement, pourra s’avérer rebutant pour certains spectateurs). Visuellement, le film est beau, bien joué et dispose d’une bande son originale. En somme, un excellent divertissement !

Photo Credit: Jay Maidment..©2016 Marvel. All Rights Reserved.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 134 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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