De plus belle, un « feel-good movie » de qualité

De plus belle

d’Anne-Gaëlle Daval

Comédie dramatique

Avec Mathieu Kassovitz, Olivia Bonamy, Nicole Garcia

Sorti le 15 mars 2017

Toute juste remise de son cancer du sein, Lucie se sent perdue dans sa vie : elle est seule, elle a peur, elle ne se reconnaît pas. Elle est pourtant guérie. Ses proches lui disent d’aller de l’avant, de voir du monde. Difficile quand on a l’impression d’être encore en convalescence… Mais deux nouvelles personnes dans sa vie vont peut-être pouvoir l’aider : Dalila, une prof de danse excentrique, et Clovis, un homme à femmes… sous le charme de Lucie.

De plus belle est le premier film d’Anne-Gaëlle Daval, costumière de formation. L’idée d’un long-métrage est née de son envie de créer des costumes pour un cabaret. Plutôt que d’attendre une commande, elle a préféré se lancer dans le cinéma! Le thème du cabaret l’a amenée à développer un scénario abordant la nudité et la féminité au travers de Lucie.

Dès le départ, la réalisatrice avait Florence Foresti en tête pour incarner Lucie. Placer une humoriste dans ce rôle principal pouvait pourtant laisser craindre le pire. Florence Foresti en était bien consciente : « Dans mes sketches, dès que je porte un postiche, j’ai tendance, pour faire rire, à caricaturer. » Elle a donc dû limiter sa tendance à l’auto-dérision, mais le résultat en vaut la peine.

Foresti est juste, sincère et touchante dans ce film basé sur l’exploration de la féminité (ou du moins d’un type de féminité). Avec d’autres femmes, guidée par une prof (Nicole Garcia) qui n’a pas froid aux yeux, Lucie se (re)découvre au moyen de la danse et du cabaret. Elle apprend aussi à prendre sa place dans une famille aimante quoique avec son lot de dysfonctionnements. Lucie doit faire face à une mère cassante (Josée Drevon) et une sœur (Olivia Bonamy) à qui elle est souvent comparée. In fine, cela lui permet à son tour de (re)construire sa relation avec sa fille. Dans ce cheminement riche, mais difficile, Lucie peut compter sur son frère (Jonathan Cohen). Sensible et blagouilleur, il pousse tendrement mais fermement sa sœur vers ce qui est bon pour elle et lui rappelle au passage que tous les hommes ne sont pas des salauds. La relation de Lucie avec Clovis (Mathieu Kassovitz) n’évite pas quelques stéréotypes, mais est dans l’ensemble bien menée. Parfait dans ce rôle de séducteur – dur, dur de rester indifférent(e), Kassovitz a aidé à développer son personnage « moins écrit, et beaucoup plus agressif » dans sa version initiale. Bien lui en a pris. Cet amour naissant est un moteur pour Lucie, mais il ne prend pas tout la place et ne la réduit pas à un rôle de femme amoureuse, tout comme le cancer ne la réduit pas à une malade. En ce sens, Lucie est un personnage vrai, avec de la complexité et de multiples facettes parfois contradictoires.

Porté par une esthétique douce, gai et colorée, De plus belle est un « feel-good movie » de qualité avec du corps et du cœur qui ne manquera pas d’émouvoir.

Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine