De la poudre aux yeux pour « Une jeunesse dorée »

Une jeunesse dorée
d’Eva Ionesco
Drame
Avec Isabelle Huppert, Galatéa Bellugi, Melvil Poupaud
Sorti le 16 janvier 2019

Nous sommes en 1979 à Paris. Rose (Galatéa Bellugi) a bientôt 18 ans. Elle peut enfin quitter son foyer de la DDASS pour partir vivre aux côtés de Michel (Lukas Ionesco), un jeune peintre, qu’elle aime avec cette passion et cette insouciance maîtresses des premières histoires d’amour. Mais malheureusement pour nos deux amants qui rêvent d’une vie de paillettes, les toiles de Michel ne rapportent ni la richesse, ni le succès. Affublés des plus incroyables costumes, ils n’hésitent pas à se montrer dans tous les lieux branchés de la capitale. Et c’est justement lors d’une soirée au Palace qu’ils vont faire la connaissance de Lucile (Isabelle Huppert) et Hubert (Melvil Poupaud), un riche couple de libertins excentriques. Lucile et Hubert ne tardent pas à s’enticher de nos deux héros, de vingt ans leurs cadets, pas tant pour la beauté de l’art comme ils le laissent penser, que pour la beauté de la jeunesse. Rose et Michel ne sont pas complètement dupes, mais ils sont prêts à payer le prix de leurs rêves.

Pour son deuxième film en tant que réalisatrice, qu’elle co-écrit cette fois avec son mari Simon Liberati, Eva Ionesco joue sur deux niveaux : l’ambiance fantaisiste du début des années 80 et les relations ambiguës qui se tissent entre ce quatuor original. Et si on ne peut qu’admirer la justesse avec laquelle sont travaillés les décors, les ambiances et les couleurs fantasques de l’époque, la beauté de l’image est vite rattrapée par les faiblesses évidentes que comporte l’écriture des personnages.

Et malheureusement, ces faiblesses sont d’autant plus dérangeantes qu’elles sont nombreuses. Sans parler du jeu d’acteur dans un premier temps, on peut commencer par déplorer le caractère exagéré et stéréotypé des personnalités mises en scène. On a d’un côté le vieux couple d’une certaine allure, dandys sans enfants, amoureux des belles choses et en particulier de celles qu’offre la jeunesse – un grand classique – et de l’autre – encore plus classique – le Rimbaud des années 80, l’artiste maudit par excellence, talentueux mais incompris, et sa demoiselle qui minaude. Et, histoire de vraiment prendre le spectateur pour un imbécile, on lui fait croire à la précarité de Michel, pauvre Michel obligé de pomper l’électricité de ses voisins, alors même que lui et sa demoiselle possèdent les plus belles parures et se rendent aux soirées les plus chics de la capitale.

Du coup, on pourrait espérer du jeu d’acteur qu’il vienne combler les failles. Mais que nenni. Entre une Isabelle Huppert qui n’impressionne plus comme avant avec ce rôle de femme froide et excentrique qu’on ne lui connaît que trop bien et un Lukas Ionesco aussi plat que le personnage qu’il incarne, c’est loin d’être gagné. La seule figure qui porte un peu le film c’est celle de Rose, mais très vite le caractère s’essouffle. Le spectateur s’ennuie de toujours lui voir cette même moue boudeuse et d’entendre ce même rire innocent qui au début faisait son charme.

Finalement, c’est dommage, car Une jeunesse dorée apparaît un peu comme une mauvaise suite de My Little Princess, le premier film d’Eva Ionesco, qui parlait déjà de ce pouvoir de séduction – d’envoûtement même –  que possède la jeunesse. Son personnage qui y était interprété à l’écran – car le film est un peu auto-biographique – donnait à voir tantôt un côté angélique, tantôt démoniaque, parfois puéril et parfois adulte, si bien que le spectateur lui-même se laissait prêter au jeu. My Little Princess est, en fait, beaucoup plus juste qu’Une jeunesse dorée, dont on a masqué le caractère un peu plat et inachevé avec des paillettes.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 43 Articles
Journaliste du Suricate Magazine