Contractions, ‘contracter’ à la vie à la mort

« Contractions » de Mike Bartlett, mise en scène de Marcel Delval, avec Joséphine de Renesse et Hélène Theunissen.

Jusqu’au 11 février à 20h au Théâtre Varia (Petit Varia).

En anglais, « contraction » faire référence à une tension, voire à l’accouchement, et au fait de « contracter » un engagement. Initialement une pièce radiophonique intitulée Love contract, la pièce Contractions du dramaturge anglais Mike Bartlett est l’avènement, dans la douleur, d’un nouvel être : l’humain de bureau pour le bureau.

Emma est convoquée chez sa manager. Va-t-elle bien ? S’entend-t-elle bien avec ses collègues ? Il s’agit d’une petite conversation anodine, pour faire le point et rappeler quelques règles en vigueur. Treize autres rendez-vous suivront. À travers ceux-ci, nous percevons l’évolution de la vie d’Emma, une vie qui n’a plus grand chose de privé. Il est nécessaire à l’entreprise de connaître tous les éléments qui peuvent influer sur la productivité de ses employés et ce à n’importe quel prix. C’est ce qu’Emma va découvrir à ses frais, pas à ceux de ses chiffres de vente.

Contractions mélange le délire « Big Brother » d’Orwell où la surveillance à outrance, voire la délation, permet de prévenir quitte à rendre malade, et l’idéal déviant d’Huxley où, dans « le meilleur des mondes », une entreprise se soucie du bonheur de ses travailleurs, car un employé heureux est employé un productif. Avec Contractions, nous sommes dans un univers entrepreunarial à cheval entre des dérives modernes déjà visibles et de la science-fiction. Il y a bien sûr un côté too much dans ce que le spectateur voit, mais que les chiffres passent avant l’humain est déjà un lieu commun. Et puis, les temps sont difficiles alors ceux qui ont un travail devraient déjà être contents d’en avoir un au lieu de chercher à le quitter, alors que ceux qui n’en ont pas font bien d’accumuler les stages non payés pour rendre leur CV attractif et compétitif.

La pièce se déroule entre trois murs où sont projetées des images qui accentuent l’aspect rationnel et la surveillance à l’œuvre dans le texte. Le décor est sobre, les images sur les parois se ressemblent et les entretiens entre l’employée et la manager, visage de l’entreprise, semblent répétitifs. Il y a en réalité un crescendo dans ce que l’entreprise, demande à son employée et même ce que l’employée donne à son entreprise. Les échanges sont rythmés et, au début, l’absurdité des questions et des réactions de la manager provoquent le rire. Peu à peu l’absurde devient pourtant kafkaïen et le rire se fait grinçant.

Hélène Theunissen, la manager, et Joséphine de Renesse, Emma, se font face dans ces deux rôles à la fois duels et complémentaires. La première livre une performance d’une régularité presque robotique, tandis que la seconde incarne l’évolution d’Emma jusqu’à sa transformation finale. Ensemble avec le metteur en scène Marcel Delval et le scénographe et vidéaste Arité van Egmond, elles nous offrent un moment de réflexion sur la limite entre privé et professionnel, entre soi-même et son travail.

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Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine