Le Chat, critique d’art

L'art et le chat

Scénario & dessins : Philippe Geluck 
Editions : Casterman
Sortie : 10 février 2016
Genre : Franco-belge

Inutile bien sûr d’encore présenter Le Chat, ce penseur des comptoirs au levé de coude aussi léger que légendaire. Le voici qui nous revient dans une nouvelle posture : celle du critique d’art. La mascotte de Philippe Geluck déambule à travers l’Histoire de l’art, de tableau en sculpture, sans se priver de commenter toutes les œuvres qu’il rencontre, toujours à sa manière – la couverture en est d’ailleurs un exemple révélateur. Avant d’aller plus loin, sachez que ce petit billet sera découpé en deux parties distinctes : une première adressée aux novices en matière d’art et une seconde adressée aux amateurs d’arts.

L’Art et le chat à l’usage des novices

Les lecteurs du chat qui ne se sont jamais véritablement intéressés à l’Histoire de l’art n’auront sans doute pas d’attentes spécifiques quant aux œuvres évoquées par le félin en costard cravate. Tout au plus, ils verront dans cette bande dessinée l’opportunité d’accroitre leurs connaissances en la matière sans fournir d’efforts. En cela, leur peine sera vraisemblablement récompensée, car Geluck propose un panel assez conventionnel d’œuvres classiques ayant marqué leur temps, de Léonard de Vinci à Alechinsky en passant par Monet et bien d’autres.

Ceux-là vont sans doute s’attacher davantage aux pastiches des œuvres classiques, systématiquement placées en vis-à-vis des originaux. Ils liront les phylactères et les encarts humoristiques en se disant – à juste titre – que Le Chat s’est déjà montré plus subtil et plus drôle par le passé. Peut-être jetteront-ils encore un œil au petit paragraphe plus sérieux accompagnant chaque œuvre, avec un mot sur l’auteur ou sur l’époque. Ce paragraphe est leur seule chance d’apprendre véritablement quelque chose, mais si leur cours d’Histoire, du temps de l’école, leur semblait déjà rébarbatif, peu de chances qu’ils y trouvent plus d’intérêt aujourd’hui…

Graphiquement bien sûr Geluck assure toujours autant, et certains se diront sans doute que c’est ce qui sauve cet album. Les dessins restent fidèles à ce à quoi l’auteur nous a habitués de puis longtemps, et parcourir ses gags fichtrement bien mis en page demeure un plaisir dont on ne se lasse pas.

L’art et le chat à l’usage des connaisseurs

À la rigueur, il pourrait carrément s’agir de lecteurs qui ne se sont jamais intéressés au Chat jusqu’à aujourd’hui, mais s’avèrent intrigués par ce nouveau tome car, après tout, l’Art, c’est leur domaine de prédilection. Leurs attentes spécifiques? s’assurer que cet auteur grand-public, humoriste de surccroit, ne raconte pas tout et n’importe quoi de façon sacrilège à propos des chefs-d’œuvre qui jalonnent l’histoire de l’Humanité.

Certes, à chaque page ils se diront sans doute : « Je le savais déjà », car Geluck ne pousse pas le bouchon trop loin : fallait bien que ça reste grand public ! Mais ils reconnaitront peut-être que par moments Le Chat met le doigt sur quelque chose d’intéressant. Le jeu de lumière chez Vermeer par exemple. Puis ils se rétracteront en constant qu’on qualifie la Vénus de Milo de « star » et qu’on décrit les toiles de Magritte comme de « surprenant tableaux ». Un vocabulaire aussi bac à sable est tout simplement inacceptable diront-ils, en invoquant le fameux nivellement par le bas.

Heureusement les plus tolérants finiront par ademettre que cette alternance de sérieux et d’humoristique a quelque chose de plaisant, dans le fond. Qu’avec leurs références et leur décalages, certains détournements font sourire et qu’après tout, l’album de Geluck a quelque chose de terriblement pédagogique. Que c’est peut-être une bonne piste pour aider nos petites têtes blondes ou brunes à apprécier le grand art.

C’est ainsi qu’en refermant l’album, tous les lecteurs s’avoueront un peu déçus, et pourtant tous y auront trouvé un je-ne-sais quoi de finalement pas si mal.

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Ivan Sculier
A propos Ivan Sculier 61 Articles

Journaliste – Responsable BD du Suricate Magazine

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