Charles Baudelaire intime : le poète vierge de Nadar

Charles Baudelaire intime

auteur : Nadar
texte établi et présenté par : Roger Greaves
édition : D’En Face – Série Nadar écrivain
sortie : septembre 2015
genre : Témoignage

Si le texte peut paraître ampoulé, constellé de virgules et de phrases très longues, il faut cependant replacer le texte dans son contexte historique celui du Romantisme exacerbé qui sévissait durant le début XIXe siècle. La version qui nous est proposée ici a été purgée et simplifiée par Roger Greaves comme il nous l’explique dans la préface de ce petit ouvrage. Le texte original était presque incompréhensible tant les signes de ponctuation empesaient le texte. Par ailleurs, il est possible que quelques erreurs se soient glissées dans le texte tant l’écriture de Nadar à la fin de sa vie, lorsqu’on lui a demandé de terminer cet ouvrage pour laisser son témoignage à la postérité, était tremblotante et difficile à déchiffrer.

On connait Nadar le photographe devenu célèbre grâce à ces portraits photographiés à une époque où les peintures étaient encore le modèle de base utilisé pour les portraits, au tout début de l’ère de la photographie. Il arrivait à dépasser l’image que l’on voyait pour nous présenter ce qui était invisible, nous offrir ce qu’il voulait que l’on voit de ces personnages emblématiques. D’où son succès. Mais Nadar avait également la fièvre littéraire et connaissait bien Baudelaire qui était l’un de ses amis les plus proches.

On connaît le génial auteur des Fleurs du mal, torturé à souhait et détestant, et c’est loin d’être un euphémisme, les femmes au plus haut point. Nadar nous présente un portrait assez différent de ce que la postérité a retenu de lui. Baudelaire avait en horreur « l’embrigadement », il était opaque à toutes les idées reçues préférant se faire sa propre opinion. Très timide avec les inconnus, il était loyal et tendre avec ses amis mais un parfait goujat avec les personnes qui l’ennuient comme ce « Clergeon » qu’il essaya de semer en le plantant sur le trottoir en sautant dans le premier tram venu pour se débarrasser sans autre forme de procès de cet enquiquineur pourvu d’une sérieuse logorrhée vomitoire. Malheureusement pour lui, « Clergeon » le suivra…

Mais pourquoi le Poète Vierge ? Selon Nadar, jamais aucun de ses amis ne l’a vu avec une femme, jamais même il n’a parlé de quelques une d’entre elles. Et lorsque ses amis bavardaient de leurs conquêtes, il semblait se renfrogner. Chez Baudelaire, ce serait « le verbe qui supplée le geste, le rêve qui se venge de la réalité » (p.108). Etonnant lorsque l’on sait qu’il avait contracté la syphilis… Allégations mises en doute par Nadar n’étant pas confiant en les deux témoins qui l’affirmaient. Mais peut-être pouvons-nous avancer une autre théorie : il est aussi possible que Baudelaire détestait les femmes parce qu’il avait contracté cette maladie par leur faute avant de connaître Nadar… On apprend également que Baudelaire prenait grand soin de son corps et surtout de ses mains. De petits détails qui ont cependant leur importance.

Charles Baudelaire intime : Le poète vierge est un portrait émouvant écrit par un ami cher, un témoin privilégié de la vie du « poète maudit » qui, au travers de ses phrases interminables à la prose alambiquée, soulève pour nous un coin du voile d’une époque où la mélancolie était le porte-drapeau des artistes romantiques.

Daphné Troniseck
A propos Daphné Troniseck 245 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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