Cecile McLorin Salvant : ambiance new-yorkaise en voyage à Bruxelles

Il est 23h sur Times Square. Les néons de couleur, les bruits klaxonnés des « cabs » new-yorkais et l’adrénaline palpable de la ville qui ne dort jamais nous invitent à chercher un autre type d’ambiance intemporelle. Aux antipodes de cette vitesse paroxysmale et maniaque, le calme planant et sédentaire du jazz nous appelle comme un autre type d’insomnie urbaine. Nous empressant de monter dans un taxi pour nous isoler de l’excitation extérieure, nous demandons donc au chauffeur de nous conduire vers un bon « Jazz Club ». Sans hésiter, il nous dépose devant Dizzy’s Club, sur Colombus Circle. Dix minutes plus tard, nous voilà au dernier étage du Lincoln Center, comme dans un huis clos intouchable du reste de New York. On entend de loin les voix envoûtantes des chanteurs et les pizzicati déjantés de la contrebasse, qui nous annoncent gaiement le ton de la soirée. Arrivés à l’entrée, on nous explique que les performances touchent à leur fin, et que pour le peu de temps qu’on y restera, les places nous sont offertes. Des places que nous avons fini par occuper pendant près de deux heures et demie…

Et quelles places ! A quelques pas du podium, nous profitons de l’ambiance cosy de cet endroit unique, nous offrant de surcroît la vue incomparable et époustouflante sur le skyline de Manhattan. Nous écoutons et regardons les performances alterner entre les ensembles et les solos de trompette, de saxophone ou de piano, sans oublier les intermezzos de danse dont seuls les jazzmen afro-américains semblent connaître le secret ; et enfin, la soirée atteint son point culminant avec l’arrivée de l’hypnotisante Cecile McLorin Salvant.

A l’instar de sa voix, son entrée en scène surprend par la calme maîtrise et l’apparence de nonchalance dont sa présence est le parfait cocktail. Le sourire aux lèvres et les yeux fermés, elle accorde, par un léger mouvement de la tête, le début de sa première chanson au pianiste. On commence tout en douceur par une des grandes chansons du jazz, I Didn’t Know What Time It Was… And we really didn’t. Comme toute soirée jazzy qui se veut monter en crescendo, le premier morceau est lent et suave, et le temps lui-même semble s’arrêter pour écouter. Après quelques secondes d’introduction, sur les pointes de staccato émanant des touches du piano, vient se poser en contraste la voix envoûtante et legato de la révélation vocale qu’est Salvant. Dès les premières notes, son corps et son visage font preuve d’une théâtralité aussi simultanément nonchalante, joueuse et maîtrisée que sa voix, invitant le public à écouter l’histoire qu’elle a à chanter. Derrière la voix et le rythme typiquement jazzy, on ressent très subtilement la lointaine formation classique de la chanteuse : des crescendos tout en legato, des vibratos aussi techniques que spontanés et une justesse impeccable, tous des éléments qui la distinguent et la confirment comme un des grands noms du jazz contemporain.

Monday, My Man’s Gone, Summertime, You’re My Thrill, Nobody, You Bring Out The Savage In Me, Womanchild…  Les chansons s’enchaînent, les solos s’entre-mêlent, les danses prennent aléatoirement la relève et ce spectacle unique nous fait oublier que le temps passe. C’est donc à contre-cœur que, vers deux heures du matin, nous quittons la salle pour retourner à l’hôtel. Sortis du Dizzy’s, nous nous rendons compte, déjà quelque peu nostalgiques, que nous étions en présence d’une chanteuse à rayonnement international.

Ce n’est donc guère une surprise si, après son passage à Flagey en 2015, Cecile McLorin Salvant sera une fois de plus la bienvenue en Belgique ce 27 octobre dans un des centres culturels les plus prestigieux d’Europe : le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est désormais avec joie et impatience, donc, que nous attendons la venue de cette chanteuse exceptionnelle pour l’écouter chanter à nouveau.

 

Retrouvez la chronique de son dernier album, Dreams And Daggers, en cliquant ici.

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A propos Mathilde Wynsdau 1 Article
Journaliste du Suricate Magazine