Bug : contre éloge de la folie

De Tracy Letts, mise en scène d’Aurore Fattier avec Fabrice Adde, Yoann Blanc, Catherine Grosjean, Eléna Pérez, Claude Schmitz. Du 22 février au 9 mars 2018 à 20h30 au Varia. Crédit photo : Alice Piemme

Qu’il est loin le temps des gentilshommes en perruque qui déambulent avec panache sur les planches des théâtres, récitant leurs textes en alexandrins à tue-tête. À en croire Bug, le nouveau spectacle d’Aurore Fattier d’après le texte original de Tracy Letts, les junkies ont remplacé les marquis et la coke s’est subtilisée au fard. Place au XXIème siècle et son lot de freaks.

Depuis que son mec est en taule pour avoir tenté de la tuer, Agnès vit seule dans un appartement minuscule et minable. Sa vie se résume à un boulot de serveuse, ses clopes, sa vodka et ses misères. Le monde de la nuit semble lui offrir une échappatoire et un soir, elle fait la rencontre fortuite de Pierre, un type louche, mais il lui plait. Pierre squatte chez Agnès quelques temps et, une chose, en entraînant une autre, les voilà en couple, inséparables.

La pauvre Agnès était tellement en manque d’affection qu’elle se serait cramponée au premier venu, le souci, c’est qu’au fur et à mesure des jours qui s’écoulent, Pierre – dont le personnage est magistralement interprété par Yoann Blanc – commence à sérieusement « bugger ». Moins de deux semaines après leur rencontre, le voilà déjà complètement transformé : ce n’est plus du tout le gars un peu coincé, un peu introverti du début. Ce Pierre-là a laissé sa place à un véritable illuminé, complètement parano et aussi nuisible qu’une invasion d’insectes.

Non content de l’entraîner dans une histoire d’amour insoluble, Pierre aspire Agnès dans son délire paranoïaque, entre théorie du complot et folie furieuse. Ensemble, ils s’enfoncent envers et contre tout dans leur bug intégral ; pour eux, il n’y a plus de marche arrière possible.

On se souvient encore, en 2015, du spectacle Elisabeth II également mis en scène par Fattier, qui nous avait laissé bouche bée. Aujourd’hui, avec Bug, cette metteuse en scène confirme son talent hors normes pour nous raconter des histoires à faire frémir ; son art de porter sur les planches des spectacles à même de répondre aux grandes thématiques de notre époque morcellée et complexe, à travers le rire comme le frisson.

Aucun doute là dessus : allez voir Bug, et vous comprendrez que le théâtre, loin d’être un art du passé, est loin d’avoir dit son dernier mot.

Ivan Sculier
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Journaliste du Suricate Magazine