Bouche d’Ombre, Lou 1985 : 1er tome chez Casterman

bouche d'ombre couverture

Scénario : Carole Martinez
Dessins : Maud Begon
Editions : Casterman
Sortie : mai 2014
Genre : Fantastique, ésotérisme

Au fil des pages de Bouche d’Ombre sont évoquées trois sources d’inspiration qui, toutes à leur manière, se rapportent à l’histoire de cette bande dessinée. En effet, le Retable d’Issenheim, Ce que dit bouche d’ombre de Victor Hugo et le titre Je rêvais d’un autre monde du groupe Téléphone évoquent dans un concert d’images, de sons et de mots un certain rapport à un univers secondaire, un au-delà fantastique ou imaginaire adjacent au notre et accessible à très peu de personnes.

C’est à ces quelques élus qu’appartient Lou, jolie adolescente des années 80’. Celle-ci a hérité ses prédispositions à la voyance d’une longue génération de femmes dont l’origine remonte sans doute à la création du retable, au XVIe siècle. Sous la forme de rêves et de réminiscences, ces dons font irruption dans sa vie de lycéenne qui, entre les cours, les soirées et les amis, est apparemment sans histoire. Seulement, une séance de spiritisme va perturber ce fragile petit monde…

Comme le célèbre retable, cette bande dessinée est construite en plusieurs volets. Ainsi, au détour de l’histoire estudiantine, l’auteure laisse apparaitre une trame narrative relative au passé familial de Lou dont les prémices nous emmènent déjà à travers les époques. On attend avec impatience le tome suivant qui permettra de juger pleinement de cette série tout en nous permettant de percer le mystère de cette héroïne à la chevelure flamboyante.

Effectivement, cantonnée à un rôle de spectatrice amplifié par son statut de médium, avec son « air de chat distant, mais doux, méfiant et sincère », Lou semble traverser sa vie comme dans un songe, sans y toucher, sans y prendre vraiment part. Peu de détails sont donnés à son sujet, ce qui achève de faire perdre de la profondeur à un personnage qui, sans les carnations de couleurs et de traits de Maud Begon, serait  aussi inconsistant qu’un ectoplasme…

Mais les dessins de Maud Begon ne se contentent pas de donner ce qu’il faut de corps à Lou pour rendre l’identification du lecteur possible. Les crayonnés de la dessinatrice apportent également la part d’ombres nécessaire pour mener cette histoire au seuil du fantastique. Tantôt légers, tantôt plus marqués, ils rehaussent les belles touches colorées des illustrations qui, tout en poésie, nous baladent d’atmosphère en atmosphère…

 

Nassima Cherke
A propos Nassima Cherke 42 Articles
Journaliste du Suricate Magazine