Borg/McEnroe, rencontre gâchée

Borg/McEnroe

de Janus Metz Pedersen

Drame

Avec Shia LaBeouf, Stellan Skarsgård, Tuva Novotny, Sverrir Gudnason

Sorti le 8 novembre 2017

Que se passe-t-il dans la tête d’un joueur de tennis professionnel alors que toute la pression du monde semble être sur ses épaules ? Comment font ceux et celles qui doivent maintenir un mental de fer pour triompher dans leur métier hautement compétitif ? Il n’y n’a pas de réponses toutes faites à ces questions : à l’instar de la plupart des sportifs, les experts de la raquette ne sont pas les plus loquaces lorsqu’il s’agit de parler de leurs états d’esprit sur le terrain. S’atteler à ce mystère est pourtant l’ambition du premier long-métrage de fiction de Janus Metz, Borg/McEnroe.

Prenant principalement place lors du tournoi de Wimbledon de 1980, le film nous raconte l’affrontement de deux géants du tennis mondial  : John McEnroe (Shia LaBeouf), alors dans les premières années de sa carrière, et Björn Borg (Sverrir Gudnason), tentant une cinquième victoire consécutive à cette compétition. Que celles et ceux qui espéraient trouver dans ce récit de conflit sportif un nouveau Rush – l’étonnamment excellent film de Ron Howard sur la rivalité entre Niki Lauda et James Hunt – réfrènent tout de suite leur enthousiasme : Borg/McEnroe est l’exemple parfait du biopic ronflant, avec tout ce que ça implique de textes d’ouvertures redondants, d’emphases narratives censées souligner l’importance historique des événements, et de flash-backs particulièrement laborieux.

C’est à travers ceux-ci que Metz entend nous révéler les secrets intimes de ses personnages et ce qui les anime, mais il ne fait hélas qu’accumuler les lieux communs. Son angle d’approche n’est pourtant pas inintéressant : les deux hommes, qu’en apparence tout oppose, nous sont progressivement révélés comme les deux faces d’une même pièce. L’un n’arrive à fonctionner sur le terrain qu’en contenant sa fureur et en ne laissant paraître aucune émotion, l’autre ne s’accomplit en tant que joueur qu’en laissant libre cours à ses crises de nerfs. Mais les flash-backs supposés nous éclairer sur les racines de leur colère, et de leur talent, se rapprochent plus d’une illustration peu convaincante des grandes étapes de leur vie, que d’un fin portrait psychologique.

À cet égard, le casting de Shia LaBeouf est peut-être le choix le plus inspiré du film : l’acteur n’a pas vraiment le même physique que John McEnroe, mais il partage avec le joueur de tennis américain une certaine réputation pour les colères disproportionnées, et le film joue intelligemment sur les points communs entre les deux hommes. LaBeouf canalise parfaitement dans le rôle son irascibilité, et livre une performance d’autant plus captivante qu’elle semble formulée comme un commentaire sur sa propre personnalité publique.

Dans le rôle de Borg, Sverrir Gudnason a quant à lui l’avantage de la proximité physique, mais il fait considérablement moins d’étincelles. Acteur suédois peu connu en dehors de son pays natal, son travail dans le film consiste surtout à maintenir le visage stoïque adopté par son personnage en toute circonstance. Il se sort honorablement de ce rôle somme toute assez ingrat : malgré le temps considérable consacré à Borg, le film n’approfondit jamais les quelques traits psychologiques qu’il esquisse – comme son rapport avec la célébrité ou avec l’argent -, qui auraient mérité un traitement plus abouti.

Il est probable que la rivalité entre ces deux grands joueurs de tennis aurait pu être passionnante, mais Borg/McEnroe ne parvient jamais vraiment à faire de leur rencontre autre chose qu’un événement quelque peu surfait. Rien ne le démontre mieux que le dernier acte : après avoir été annoncé pendant près de 90 minutes, le match final qui les oppose survient avec un cruel manque de momentum. Pire encore, il s’impose comme la partie la plus faible du long-métrage. Comme tant d’autres cinéastes à s’atteler au film sportif, Metz est en effet confronté aux limitations physiques de ses acteurs, qui ne sont pas des joueurs de tennis professionnels. Sa mise en scène et son montage des matchs sont donc essentiellement construits pour cacher les faiblesses de leur jeu : les plans sont soit très rapprochés ou très éloignés, souvent brefs, et les angles de prises de vue sont… pour le moins improbables. En résultent des séquences pratiquement illisibles, où la victoire de l’un sur l’autre n’est pas comprise grâce à la position de la balle sur le gazon mais à l’aide du tableau des points et des commentaires des journalistes. Borg/McEnroe échoue donc non seulement à nous transmettre ce qui se passe dans l’esprit de ses deux personnages, mais aussi à rendre compte de ce qui se déroule sur le terrain. Une rencontre gâchée en somme.

Adrien Corbeel
A propos Adrien Corbeel 44 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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  1. Borg/McEnroe de Janus Metz | Critique – Surimpressions

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