Avengers : Infinity War, spectacle titanesque

Avengers : Infinity War

de Joe et Anthony Russo

Aventure, Action

Avec Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Chris Evans

Sorti le 25 avril 2018

Suite aux évènements de Civil War, les Avengers sont divisés en deux groupes. Mais l’arrivée du terrible Thanos et sa quête visant à rassembler les six Pierres d’Infinité – destinées à lui octroyer un pouvoir immense – les mènera à mettre leurs différends de côté pour combattre ce redoutable ennemi. Rejoints par les Gardiens de la Galaxie, ils uniront leurs forces dans le but de sauver l’univers.

De nombreux spectateurs attendaient probablement Avengers : Infinity War et le combat contre Thanos depuis le lancement du Marvel Cinematic Universe (MCU) en 2008. Et ils ne risquent probablement pas d’être déçus !

Troisième film du MCU à être réalisé par Anthony et Joe Russo, Avengers : Infinity War marque l’apogée d’un style qui trouve ici une forme d’aboutissement. La réalisation est maîtrisée de bout en bout, l’histoire relativement cohérente, les personnages bien établis, etc. La mécanique est parfaitement huilée pour ce nouveau chapitre d’une licence qui fête cette année son dixième anniversaire. Pour célébrer l’évènement, Marvel donne naissance à un film titanesque, porté par quantité de personnages iconiques placés dans des environnements gigantesques (le tournage en format IMAX y est probablement pour quelque chose). Une impression d’immensité ressortira alors de bon nombre de séquences, qu’il s’agisse des décors ou de la puissance des protagonistes montrés à l’écran.

S’il est aujourd’hui devenu très facile de critiquer les productions Marvel pour leur formatage, force est de reconnaître que le studio est parvenu à construire un univers cohérent et que ses héros ont bénéficié d’une évolution qui transparaît ici clairement à l’écran. Avengers : Infinity War apparaît ainsi comme le film de la maturité, un film dans lequel les protagonistes sont riches d’un apprentissage qui s’est construit sur les dix-huit long métrages qui le précèdent. Dans cette logique, chaque entrée en scène d’un des membres de l’équipe aura quelque chose d’iconique. Mais paradoxalement, le principe deviendra rapidement répétitif au risque d’en devenir banal, voire prévisible.

C’est en somme l’un des gros problèmes de ce nouvel épisode : à quelques exceptions près, il s’avère fortement prévisible. D’avance, le principe consistant à diviser le film en deux parties indique la structure du scénario : une première partie dans laquelle les héros vont combattre une menace dont ils sous-estimaient la puissance, et une seconde dans laquelle ils devront mettre leurs forces en commun pour triompher. Ce manque de surprise est de nature à créer des déceptions qui se manifesteront d’ici quelques semaines, une fois l’engouement passé.

En effet, nos héros devront affronter Thanos et ses armées sur plusieurs fronts : au Wakanda, sur Knowhere ou encore sur la planète Titan, et le spectateur nourrira l’espoir d’assister à une bataille épique dans laquelle tous les héros uniraient leurs forces. Il faudra pour cela attendre mai 2019 et la sortie d’Avengers 4… Cette attente est de nature à lasser, voire à créer une forme d’indifférence et l’avenir nous dira si Marvel a correctement géré cette stratégie.

Mais le défaut majeur d’Infinity War est finalement un manque de prise de risques. Si, à l’époque de la sortie de Thor : Ragnarok, certains chroniqueurs comme François Theurel – Le Fossoyeur de Films – avaient soulignés avec justesse l’entreprise de déconstruction envisagée par Marvel, force est de constater que la reconstruction est relativement expéditive et que le film semble chercher la sécurité. Au fond, les super-héros sont ici réiconisés comme à leur habitude et l’on retombe finalement dans l’éternel schéma de la quête initiatique. Dans cette optique, certaines qualités deviennent des défauts : c’est notamment le cas, comme nous le mentionnions plus tôt, de certaines entrées en scène de personnages.

En dehors de cela, les ingrédients habituels sont présents : références à la pop culture – notamment une référence excellente à l’Alien de Ridley Scott –, humour, scènes d’action parfaitement chorégraphiées, etc. On trouve également un défaut inhérent à la majorité des productions Marvel : des méchants relativement oubliables. Thanos lui-même ne semble pas si intéressant que l’on pourrait l’espérer. En somme, un nouveau produit relativement similaire à ses prédécesseurs, si ce n’est qu’il possède un côté titanesque qui le distingue de ceux-ci.

En résumé, Avengers : Infinity War est un Blockbuster qui remplit parfaitement son rôle et donne à voir ce que l’on veut voir sans prendre trop de risques. L’action est captivante, le film bien dosé et les personnages bien exploités. S’il sera alourdi par quelques incohérences (notamment une saute d’humeur de Star-Lord qui semblera amenée dans le seul but de ne pas boucler l’intrigue trop rapidement) et que quelques répliques tomberont à plat, il réservera également quelques très belles surprises (notamment le retour inattendu d’un personnage qui servira de guide à Thanos pour localiser une des gemmes de l’Infini) et offrira un excellent moment de cinéma pop-corn avant de se conclure sur une fin intrigante.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 128 Articles
Journaliste du Suricate Magazine