Ariane [eu]phonie – Soundscape of a refugee’s Greek camp

De Pietro Marullo, interprété par Mélissa Cornu, Aurélien Dubreuil-Lachaud, Noémi Knecht, Mariana Domingos Tembe, avec la participation de Peter Flodrops, Claudine Perron, Rania Gamah, Nandi-Malyssa Pambe Wayack Geller. Du 22 janvier au 02 février 2019 au Théâtre Varia. Crédit photo : Matthieu Volpe

À la fois metteur en scène, chorégraphe et plasticien, Pietro Marullo parvient à mêler ses multiples médiums au sein d’Ariane [eu]phonie – Soundscape of a refugee’s Greek camp. En résulte une pièce protéiforme qui fait se télescoper époque contemporaine et mythologie dans un mélange halluciné et onirique. Prenant comme point de départ l’accord sur l’immigration entre la Turquie et l’Union Européenne du 18 mars 2016, elle s’intéresse dans un premier temps à une enseignante dans un camp de réfugiés avant de bifurquer vers l’histoire d’Ariane et du Minotaure.

Comme fil conducteur, on retrouve l’image d’une femme prise au piège d’un environnement  – et d’un système de pensée –  qu’elle sera forcée de remettre en question, quitte à les détruire de l’intérieur. Une toile de fond au contenu politique non négligeable, qui ne constitue cependant pas le principal attrait d’une pièce qui se démarque surtout par son approche sensorielle aussi bien déroutante qu’envoûtante.

En choisissant de placer tous les dialogues en voix off ou en surtitrage, Pietro Marullo fait également le choix de ne pas faire parler ses comédiens. Cela permet de focaliser l’attention du spectateur sur une scénographie expérimentale très plastique, qui enchaîne les idées visuelles comme autant de moments forts. En se concentrant autant sur les lumières, les matières que sur le traitement sonore, le metteur en scène et son équipe parviennent à créer un univers global. De là découle une atmosphère prenante qui lie entre elles les différentes scènes et leur apporte une certaine forme de cohérence.

Le procédé ne parvient toutefois pas à totalement masquer certains défauts, à commencer par un aspect visuel si prégnant qu’il en empiète légèrement sur l’histoire, le symbolisme utilisé la rendant parfois quelque peu cryptique, jusqu’à une fin trop abrupte pour pleinement convaincre.

Rien de bien dommageable toutefois, tant l’inventivité mise en œuvre suffit à faire d’Ariane [eu]phonie – Soundscape of a refugee’s Greek camp une pièce marquante et dépaysante pour qui saura se laisser porter.

Guillaume Limatola
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Journaliste - Responsable BD du Suricate Magazine