Aquaman, l’atlante et la cariatide

Aquaman
de James Wan
Fantastique, Aventure
Avec Jason Momoa, Amber Heard, Dolph Lundgren
Sorti le 19 décembre 2018

Suite à l’échec au box-office de Justice League, Warner Bros cherche désormais la recette miracle pour parvenir à réorienter son univers super-héroïque et offrir un contrepoids de taille à Marvel.

Si Man of Steel, Batman v Superman et Justice League avaient été jugés trop sombres, Wonder Woman fut quant à lui particulièrement bien reçu par la critique. C’est donc dans cette voie que la société cherche à s’engager, calquant son univers sur un modèle plus léger et lumineux. Pour soutenir l’édifice DC Comics, Warner Bros cherche ainsi à placer un atlante aux côtés de la cariatide Wonder Woman. Et quel meilleur atlante qu’Aquaman ?

Fruit de l’union entre un pêcheur et la reine d’Atlantis, Arthur Curry est la passerelle supposée unir les peuples de la terre et ceux de la mer. Lorsque son demi-frère cherchera à prendre le pouvoir et à déclencher une guerre entre les deux mondes, Arthur devra embrasser son destin et se battre pour maintenir la paix.

Si l’on avait déjà pu découvrir le personnage d’Aquaman dans Justice League de Zack Snyder/Josh Whedon, c’est à James Wan que la lourde tâche d’adapter ses aventures solo a été confiée. Difficile en effet de donner vie à un univers sous-marin esthétisé et cohérent sans que les images numériques ne viennent empiéter sur la narration et briser l’immersion du spectateur. Sans compter que le personnage souffre depuis les années 70 d’une réputation peu enviable de super-héros un peu inutile qui parle aux poissons – trait de caractère déjà tourné en dérision dans Justice League. Derrière le sauvetage d’un univers cinématographique se cache donc également le sauvetage d’un des personnages les plus mésestimés de l’écurie DC. Le casting de Jason Momoa, connu pour les rôles de Conan le Barbare ou de Khal Drogo dans Game of Thrones, était donc déjà un pas en ce sens.

Dès le prologue, Aquaman réussit son pari. Les origines d’Arthur Curry sont intéressantes, la palette graphique colorée, Nicole Kidman convaincante dans le rôle de la reine Atlanna et les premières scènes d’action époustouflantes : James Wan parvient à apporter assez de mouvement à sa caméra pour rendre le côté surréaliste et grandiose de ses personnages. En parallèle à cela, on retrouvera Aquaman adulte suite aux évènements de Justice League. Rapidement, l’éventuelle réserve du spectateur sera donc éclipsée !

D’autres qualités ressortent encore de ce nouvel épisode de l’univers cinématographique DC : Atlantis est superbement représentée et pourra rappeler çà et là Thor, Les Gardiens de la Galaxie ou certains des meilleurs aspects de Green Lantern. De manière générale, les effets spéciaux sont réussis. On trouvera encore une référence « sudoripare » au Cinquième Élément – déjà dévoilée dans la longue bande annonce diffusée en octobre  – et plusieurs symboliques intéressantes, comme par exemple la destruction du trident du héros, symbole de sa puissance et de son rapport à sa mère. S’ajoute à cela une réflexion sur la pollution des océans, lorsque tous les déchets laissés par les hommes seront renvoyés à la surface, ou un commentaire social opposant les « Bien Nés » d’Atlantis au reste de la population des océans.

Cependant, certains de ces aspects ne sont pas toujours exploités comme on pourrait l’espérer. Exit les thématiques existentielles que l’on pouvait autrefois voir dans la trilogie Dark Knight ou dans Man of Steel : Aquaman reste ici relativement en surface (attention, jeu de mots !) et l’univers DC se « Marvelise » légèrement… La symbolique du héros est parfois mise en sourdine, le commentaire écologiste étouffé et certains personnages sont rapidement délaissés. C’est notamment le cas de Black Manta, l’un des ennemis jurés d’Aquaman dont les origines sont correctement posées dans la première moitié du film, avant que celui-ci ne soit relativement remisé à l’arrière-plan. Sans compter que ce dernier pourrait être remplacé par n’importe quel autre antagoniste sans que cela change grand-chose à l’intrigue : en ressort donc un personnage bien construit, humanisé puis légèrement sous-exploité dans une seconde partie. On sent au fond que la production anticipe déjà la suite et place les bases du deuxième épisode par divers éléments…

Dans cette logique, on regrettera encore que la quête initiatique du héros visant à retrouver le trident d’Atlan – le premier roi d’Atlantis –, destiné à lui donner la légitimité suffisante pour régner, ne soit pas plus approfondie. Là où Man of Steel interrogeait la place d’un dieu parmi les hommes et où Wonder Woman confrontait son héroïne à une réalité guerrière impossible à endiguer, Aquaman semble parfois brider ses ambitions philosophiques. Un parallèle plus fouillé entre le trident d’Arthur Curry et l’Excalibur d’Arthur Pendragon aurait permis d’accoucher d’un film hautement plus symbolique prenant une place de choix dans cet univers étendu. Reste qu’il s’agit ici d’un détail et qu’Aquaman est moins bête et monolithique qu’il n’y paraît !

Quelques fautes de goût – essentiellement musicales – viendront pourtant parfois briser la dynamique du film. À certains moments, Arthur lancera des punchlines instantanément suivies d’un son de guitare électrique saturée, comme pour hurler au spectateur à quel point le héros est désormais cool. On trouvera encore un remix de la chanson Africa de Toto réalisée par Pitbull au moment où Arthur et Mera atterrissent dans le désert du Sahara, ainsi que diverses autres pistes musicales (agrémentées de ralentis) qui donneront à certaines séquences des allures de clip vidéo et casseront la dynamique du récit à deux ou trois reprises. Ces morceaux cohabiteront alors avec les compositions originales autrement plus raffinées de Rupert Gregson-Williams.

Au final, reste un film visuellement réussi qui remplit largement son rôle de blockbuster et parvient à créer un univers cohérent tout en introduisant un personnage largement appréciable. L’Aquaman ici présenté est moins lisse que l’image que l’on pouvait jusqu’ici avoir du héros ; à divers moments, il aura même certains côtés rustres particulièrement amusants. La réalisation est soignée, les acteurs parfaitement à l’aise dans leur rôle et l’on prendra un plaisir manifeste à se laisser emporter par le film. Reste quelques défauts, quelques grosses ficelles qui pourront prêter à sourire, et une narration parfois prévisible. Nonobstant, Aquaman a de quoi attirer un public plus large que ses prédécesseurs tout en conservant des thématiques relativement intelligentes. Un film qui parvient à réorienter l’univers cinématographique DC sans pour autant briser ses fondations !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 135 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

1 Rétrolien / Ping

  1. Les 10 films les plus attendus en 2019 • Le Suricate Magazine

Les commentaires sont fermés.