AfricaMuseum : un nouveau musée « décolonisé » ?

Le musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, rebaptisé AfricaMuseum, a longtemps été critiqué pour avoir occulté les atrocités de la politique coloniale belge au Congo. Sa réouverture le 8 décembre 2018 après cinq ans de travaux était donc très attendue. Une « décolonisation » réussie ?

Pour beaucoup de Belges, le musée africain de Tervuren évoque une visite scolaire pour admirer des animaux empaillés, des totems et des masques. Un lieu conçu par Léopold II au début du XXe siècle pour faire découvrir aux Belges les richesses de « leur » colonie. Mais depuis l’indépendance du Congo en 1960, bien des choses ont changé et l’exposition permanente avait urgemment besoin d’être repensée…

Après plus de cinq ans de travaux, c’est enfin chose faite. Le nouveau AfricaMuseum offre un espace modernisé avec une architecture repensée pour améliorer l’expérience du visiteur. L’entrée se fait désormais par le nouveau bâtiment, un bloc de verre tout en transparence offrant une magnifique vue sur le Parc de Tervuren depuis la cafétaria. Mais c’est surtout l’approche muséale des collections qui a fait l’objet d’une refonte radicale. Comme le souligne Guido Gryseels, directeur général du musée, « la décolonisation du musée est un processus. Et elle ne fait que commencer ».

Nouveau pavillon d’accueil de l’AfricaMuseum
Nouveau pavillon d’accueil de l’AfricaMuseum

Au cœur du nouveau projet : la volonté de créer un dialogue – entre Européens et Africains, entre histoire et présent, entre recherche scientifique et société civile. La sculpture Nouveau souffle ou le Congo bourgeonnant d’Aimé Mpane est une belle illustration de cette volonté de dialogue. Installé dans la Grande Rotonde du musée, ce visage d’Africain surdimensionné, construit en bois ajouré sur un socle en bronze, fait face aux sculptures du début du XXe siècle. Purs exemples de propagande coloniale, celles-ci représentent les Belges comme des hérauts de la civilisation, alors que les Africains sont figurés en plus petit, dans des attitudes subalternes. En leur faisant contrepoids et en attirant les regards sur elle plutôt que sur les murs, l’œuvre de Mpane est une invitation à défier le passé pour créer un avenir meilleur, grâce à la force et à la créativité des Africains.

Aimé Mpane devant sa sculpture, réalisée en 2016
Aimé Mpane devant sa sculpture, réalisée en 2016

Du côté des collections exposées, une nouvelle approche thématique mêle art, histoire, culture, nature, sciences et techniques. Tous les panneaux explicatifs sont disponibles en quatre langues (français, néerlandais, allemand et anglais) et de nombreux éléments interactifs ont été ajouté tels que des écrans tactiles. Parmi les nouveautés notables, on trouve une salle consacrée à l’histoire de la diaspora africaine en Belgique, conçue en partenariat avec ses représentants.

Dans la salle en mémoire des victimes belges ayant perdu la vie au Congo entre 1876 et 1908, une nouvelle installation créée par l’artiste Freddy Tsimba projette sur les murs les noms de sept Congolais morts en 1897 alors qu’ils étaient « exposés » dans de véritables musées vivants dans le cadre l’Exposition universelle de Bruxelles. Une façon de forcer la rencontre entre deux mémoires collectives et de rendre hommage à toutes les victimes du colonialisme.

Masques africains
Masques africains

Si la France a entamé un pas important vers la restitution des œuvres acquises pendant la période coloniale à leurs pays d’origine, la Belgique doit encore rattraper son retard en la matière. Alors que l’ouverture du nouvel Institut des musées nationaux du Congo (IMNC) de Kinshasa est prévu l’année prochaine, un gros travail d’inventaire doit encore être fourni avant d’aborder les modalités pratiques d’éventuelles restitutions d’œuvres de Belgique vers la RDC. En attendant, l’AfricaMuseum a le mérite d’offrir un espace de réflexion critique et de dialogue à tous celles et qui souhaitent voir l’Afrique rayonner à travers son patrimoine.

Infos pratiques

  • Où ? AfricaMuseum, Leuvensesteenweg 13, 3080 Tervuren, Belgique.
  • Quand ? Du mardi au vendredi de 11h à 17h et le weekend de 10h à 18h, à partir du 8 décembre 2019.
  • Combien ? 12 EUR au tarif plein. Gratuit pour les moins de 18 ans. Abonnement annuel disponible pour 20 EUR.
Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 60 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine