Affabulazione de Pasolini aux Tanneurs

De Pier Paolo Pasolini, mise en scène de Lucas Bonnifait avec Jean-Claude Bonnifait, Pauline Chevillier, Ava Hervier, Antoine Louvard, Thomas Matalou et Raouf Raïs

Le 20 et 21 janvier 2015 à 20h30 au Théâtre les Tanneurs

Affabulazione ou l’hypothèse du double meurtre

Affabulazione, une tragédie grecque originalement écrite par Pier Paolo Pasolini en 1966, est la deuxième pièce du Focus Vanves au théâtre les Tanneurs, focus dans le cadre duquel le théâtre de Vanves et le théâtre les Tanneurs s’échangent chacun trois pièces qui ont connu un franc succès lors de leur première présentation.

Mise en scène par Lucas Bonnifait, la pièce essaie par tous les moyens de retracer dans un mode tragi-comique le rapport entre un père et son fils. Elle vise reposer, dans le cadre de notre société où les rôles disparaissent en s’interchangeant,  la grande question freudienne : « Faut-il tuer le père ? » Malheureusement, pour diverses raisons, Affabulazione ne s’avère pas à la hauteur de ce qu’elle cherche.

Parce ce qu’il ne suffit pas de placer ses acteurs dans une position de jeu frontale quasi-immobile sans aucun échange avec les autres personnages et les faire réciter des monologues tragiques avec un vocabulaire recherché dans lesquels ils assument l’inéluctabilité de leur destin, pour prétendre faire de la tragédie et mettre à mal la communication entre les différents personnages.

Parce ce qu’il ne suffit pas de mettre son acteur à poil et le faire tourner en rond jusqu’à l’évanouissement, pour suggérer un Oedipe inversé et la complexité d’une relation père/fils ambivalente qui oblige l’un à tuer l’autre.

Parce qu’il ne suffit pas de mettre les paroles d’un personnage dans la bouche des autres pour les universaliser ; et que mieux vaut les lire dans un livre que de les voir se détruire sur scène.

Parce ce qu’il ne suffit pas de subjuguer le spectateur avec des impressions visuelles et des compositions sonores gratuites, qu’il s’agisse de raies lumineux scintillant dans un décor minimaliste ou des alternances de zones claires/obscures, pour parvenir à inclure son décor dans le propos de la pièce et à immerger le spectateur dans un monde moderne qui se veut à la fois hypnotique et contemporain.

Pour toutes ses raisons et pour beaucoup d’autres qui nécessiteraient des pages de détails, la mise en scène de Bonnifait ne tue pas seulement le père et le fils, mais massacre aussi le texte original de Pasolini qui se trouve alors désarmé de tout son essence.

Patrick Tass
A propos Patrick Tass 41 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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