A United Kingdom, politiquement correct

A United Kingdom

d’Amma Asante

Drame

Avec Rosamund Pike, Tom Felton, Laura Carmichael

Sorti le 19 avril 2017

En 1947, à Londres, Seretse Khama, le prince héritier du Bechuanaland (le Botswana actuel) rencontre Ruth Williams. Il est noir, elle est blanche, leur union est impensable pour l’époque. Mais pour eux, tout est très clair : ni la tradition, ni les relations internationales ne les sépareront. Leur mariage mixte sera le fer de lance de la lutte pour l’indépendance, à la fois personnelle et nationale. S’en suit tout un parcours du combattant pour ce couple dont la détermination se renforce à chaque obstacle et dont la résistance fera petit à petit légion pour devenir le symbole d’une lutte pour la liberté, allant jusqu’à inspirer de grands leaders comme Nelson Mandela.

C’est justement par le prisme de la rencontre et de la construction du couple dans un contexte qui favorise l’apartheid que la réalisatrice a choisi de nous faire partager leur histoire. S’y déroule chronologiquement les résistances que l’entourage oppose au couple et leur ténacité face à cette adversité. Mais, alors que cette tranche d’Histoire relève d’un tissu de relations et d’intérêts très complexes, la composition peine à rentrer profondément dans les différentes sinuosités de cette narration aux multiples facettes. En nous mettant face à ce qui pourrait constituer la synthèse de cet enchevêtrement de luttes, le film semble survoler ces passages sans jamais rendre réellement compte de la profondeur de leurs intrications.

S’enchaînent une suite de séquences relativement policées traitant dans les grandes lignes du parcours du couple et faisant passer au second plan d’autres interactions essentielles à la restitution historique de ce focus, notamment celles qui concernent les jeux et combats politiques menés à Londres comme au Bechuanaland. Par le jeu de l’ellipse narrative, le film donne assez peu de poids aux négociations, débats et alliances sur lesquels repose leur combat. De la même manière, le traitement quelque peu superficiel de la trame narrative soutient difficilement le jeu des acteurs quand il s’agit de rendre compte d’une intimité à toute épreuve. Le rythme assez monotone des séquences temporise l’ensemble des scènes et aplatis sensiblement les moments clefs du récit. Se pose alors la question de la réappropriation d’une tranche d’Histoire par la fiction et ce qu’elle implique en terme de responsabilité et de fidélité par rapport aux faits. Bien qu’une sélection demeure quoiqu’il en soit inévitable, la composition convenue que nous propose A United Kingdom reste finalement en retrait face à l’intensité d’un combat dont la genèse aurait mérité d’être élevée au rang d’hommage.

Marie Lemot
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Journaliste du Suricate Magazine